Héraclès le vegan

heracles (Magà Ettori)La grande dame du cinéma français, mon amie Souad Amidou, à l’art et la matière pour susciter l’intérêt et la curiosité. Dans une de ses prises de position courageuse, sur les réseaux sociaux, elle évoque son engagement pour le veganisme : Lien ici Ah le veganisme, la grande question du moment. « Mais pourquoi est-ce que ces bo-bo donneurs de leçons font la une de tous les médias ? Nous allons être obligés de tous nous mettre à la salade comme des lapins ? », s’exclament certains. « Adieu veau, vache cochon ? Ah perfide existence, ces ayatollah du bien-être animal ne vont pas nous dicter notre conduite ! » Que d’inquiétudes à vrai dire. Je perçois beaucoup de craintes dans certaines réponses qui sont faites à Souad, et c’est normal. Un peu comme enfant qui apprend à marcher mais qui aurait peur de lâcher le mur. On parle de devoirs, d’obligations, de difficultés, de carcans, notamment en société. Un peu comme si le veganisme était un chemin de croix. A vrai dire, le veganisme c’est autre chose. Le veganisme c’est la vie, c’est le plaisir, c’est la saveur. Avez-vous discuté avec des vegans ? Ils passent leurs journées à parler de nourriture, à se passer des recettes, des adresses, des méthodes. Ils adorent ça la ripaille. Certes 73% des personnes qui sont allés à la Veggieworld sont des femmes, certes elles sont pour la plupart fines et gracieuses, mais on ne va tout de même pas les accuser de faire attention à leur ligne. Les vegans sont vivants ces bougres, car ils réinventent une cuisine généreuse et goûteuse. Ils dépoussièrent la gastronomie française de tous ses pieds de cochons, cervelles d’agneaux et autres cuisses de grenouilles. Du balai les rognons de boeuf. Mais qui a un jour décidé qu’il fallait manger les testicules d’un animal ? Pratiqué depuis l’antiquité, le végétalisme est de nos jours plébiscité dans le monde entier pour sa nature hypotoxique. Nous savons que par sa supériorité en fibres, vitamines et minéraux, une diversité homogène des nutriments, la biodisponibilité et la capacité nutritive, un végétalisme bien conduit est la meilleure nourriture pour le corps humain. Alors soyons sérieux, jetont aux orties ces livres de cuisine désuets et inventont la vraie cuisine du XXIeme siècle. Arrêtez avec ces caricatures de végétaliens maladifs. La cuisine vegane ne serait que de l’herbe à chat, bonne à purger l’humeur et la convivialité ? Ses adeptes des petites dames souffreteuses, courant doucement derrière leur chien-chien de peur de faire tomber leur pilule de B12. Mais de grâce tavernier ! Faites venir séance tenante cette troisième part de lasagne à la viande végétale, car tel Héraclès je dois voir le Titan Atlas. Encore que – à la différence du fils de Zeus – je ne toucherais pas au Lion de Némée, au sanglier d’Érymanthe, à la Biche de Cérynie, aux oiseaux du lac Stymphale, au taureau crétois de Minos, ni même aux juments de Diomède. En revanche je ne fais nulle promesse concernant les pommes d’or du jardin des Hespérides, dans ce verger fabuleux que l’on situe au large des rives océaniques de l’Espagne ou peut-être du Maroc, on y cultive des fruits merveilleux mais pas seulement, on y cultive aussi un art de vivre magnifique, respectueux, qui nous rend plus humains,… le veganisme.

Pax animalista

Ksar El Kebir 6La nuit vient de tomber sur les hauteurs de Ksar El Kebir, cité marocaine au patrimoine historique immense, siège d’une activité culturelle intense ou se côtoient poètes, mystiques, écrivains, et philosophes. Le souk Al Henna épie les clapotis de la fontaine d’Al Manara, le grand giratoire de Souika s’installe dans une quasi pénombre. Non loin d’une rue étroite des Al Marina, les derniers commerçants ambulants proposent avec nonchalance, des produits modestes, avant de céder la place aux marchands de la nuit. Des ombres furtives quittent la bibliothèque centrale pour se Ksar El Kebir 4rendre à la gare, et le cinéma retient son souffle. Ce soir les tueurs ont rangé leurs fusils. Après trois jours de massacres sans limites, le sang des victimes est incrusté dans le sol, pour longtemps. Hier, la veille, et les jours précédant, les balles tirées depuis des camionnettes ont transpercé la chair des chiens errants, pour finir leur course contre le mur des habitations. Ici, un homme marche, d’un pas rapide, croise des passants rue Mohamed V, s’engouffre dans un véhicule poussif. Député du Mouvement Populaire (MP), siégeant dans la Commission des secteurs productifs, Mohamed Simou est depuis un an le président du Conseil municipal de Ksar El Kébir. C’est à ce titre que le béotien, a ordonné une opération d’extermination insensée d’animaux errants, soi-disant porteurs deKsar El Kebir 1 rage. Dans le fait, les mercenaires ont frappé sans discernement, de préférence de gros chiens confiants, qui espéraient toujours en la bonté humaine. Comme nous le voyons sur ces images : https://www.youtube.com/watch?v=Ia_fk_56TCo), des civils  accompagnés par la police, ont ouvert le feu à la volée, en direction des habitations, puis ont entassé à la va-vite des dizaines de corps, mêlant les martyrisés, les mourants et les anciens vivants.

En janvier dernier, lors des  »assises du monde animaliste », Aziza Nait Sibaha journaliste spécialisée en politique internationale, mais également présidente de l’association  »Comme Chiens et Chats » avait pris la parole pour expliquer les enjeux de la COP22 et ceux du monde animaliste, insistant sur l’obligation pour le Maroc de réfléchir en termes de respect et d’éco-tourisme. Sur le papier tout le monde est d’accord avec Aziza. La preuve, il y a un an Mohamed Simou a soutenu le plan de développement touristique visant à valoriser le patrimoine culturel, historique et naturel de Ksar El Kébir, et à développer les infrastructures touristiques. Dans la réalité, les autorités favorisent l’émergence d’une violence qui préconise l’élimination de  »nuisibles » dans une rue de la ville, d’animaux sans défense et sans haine. Qu’est-ce Ksar El Kebir 5qui va se passer quand ces même tueurs armés par la ville, seront confrontés à des touristes inintelligents et discourtois ? Le plus simple serait de les stériliser et de les vacciner comme le préconise l’Organisation Mondiale de la Santé, le Fonds international pour la protection des animaux et L’Alliance internationale pour le contrôle de la rage. Nous parlons des chiens bien entendu, pas des touristes. Aziza Nait Sibaha, au coeur de la riposte, a interpellé le Président du Conseil Communal, les députés au Parlement, le chef du gouvernement, le Ministre de l’Intérieur, et enfin le secrétaire Général du Mouvement Populaire, Mohand Laenser. C’est ce dernier qui a sifflé la fin de la partie, sans doute dérangé par la pression médiatique. Il a fait entendre raison à Mohamed Simou et a obtenu le silence des armes. Les fusils resteront donc dans leurs étuis ce soir, mais pour combien de temps ? Les touristes arrivent bientôt à Ksar El Kébir.