Et si on revendait la Corse à l’Italie, et que l’on réintégrait l’Alsace-Moselle au sein de l’empire allemand ?

Alsace - Moselle - conseil consitutionnel (Magà Ettori - Blog)A l’instar d’Henri Jeanson, il nous arrive à tous de lire des inepties crasses dans la presse à scandales, disons d’un derrière distrait. Les Dernières Nouvelles d’Alsace, nous ont habitués à davantage de hauteur. Dans son édition du 30 janvier, sous la plume d’un certain Marc Peiffer d’Oberhausbergen nous pouvons y lire : « Et si on revendait la Corse à l’Italie ? – La France est un pays ami de la Corse, déclarait, il y a peu, Jean-Guy Talamoni, président de l’assemblée de Corse. Cette déclaration est plutôt surprenante car cela voudrait dire que pour lui, la Corse est un pays indépendant avec son propre gouvernement. À quoi jouent les Corses au juste ? Aux dernières régionales, ils ont voté en majorité pour les indépendantistes ce qui laisserait à penser qu’une majorité souhaiterait l’indépendance de la Corse. En juillet 1768, à la suite du traité de Versailles, la France rachetait à Gênes ses droits sur l’île. Avec le recul, on se demande si ce fut une bonne idée. Et si on tentait de revendre la Corse à l’Italie ? », comment un journal aussi sérieux peut-il donner du crédit à ce genre de brèves de comptoir ? Toute la culture de monsieur Peiffer concernant la Corse semble tenir dans une phrase lu sur Wikipédia :  »En juillet 1768, à la suite du traité de Versailles, la France rachetait à Gênes ses droits sur l’île. » Si ce monsieur avait pris le temps de lire la seconde partie de la phrase (toujours sur wikipédia, pas besoin de se cultiver plus que ça), il aurait compris que la France n’a jamais acheté la Corse à l’Italie et que par voie de conséquence, elle ne peut pas la revendre. L’armée francaise, qui occupait déjà certains port insulaires a été chargée par la République de Gènes (1099 à 1797) sur le déclin d’administrer la Corse, contre monnaie sonnante et trébuchante. Gênes dans l’incapacité de rembourser ses dettes, a donc vu une partie de ses territoire  lui échapper. Ce qui juridiquement n’est pas la même chose. Ajoutons que le 6 juin 1797, lors d’une campagne d’Italie, un jeune général corse du nom de Bonaparte convoqua à Milan les délégués génois pour les obliger à signer la convention dite de Mombello. Ce jour-là, le gouvernement de la République de Gênes avait vécu. Il reconnu que la souveraineté résidait dans la réunion de tous les citoyens du territoire génois. Le pouvoir législatif fut confié à deux conseils représentatifs, composés l’un de 300 et l’autre de 150 membres, le pouvoir exécutif à un Sénat de 12 membres présidé par un doge. A Gênes, on brûla la chaise à porteurs du doge, le livre d’or de la noblesse, et on abattit les statues des Doria au Palazzo ducale rebaptisé Palazzo Nazionale. Cette république ligurienne sous protectorat français subsista jusqu’en 1805, date de l’annexion à l’Empire français. Donc pas moyen de revendre la Corse à l’Italie, comme le suggère notre mordu d’histoire wikipedienne. Mais au fait, peut-être pourrait-il nous expliquer pourquoi le régime concordataire – institué par notre jeune général corse, devenu dans le temps premier Consul – est toujours en vigueur de nos jours en Alsace-Moselle ? Pour être clair, depuis le 9 décembre 1905, la République Française ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte… sauf en Alsace-Moselle. Et oui les vicissitudes de l’Histoire. Française, puis allemande, puis plus allemande, l’Alsace-Moselle a garder le meilleur des deux mondes, et s’accroche à ses privilèges. Pourtant l’égalité devant la loi est un principe majeur de la Constitution, tout individu doit être traité de la même façon par la loi. Pas très égalitaire tout ça. Par voie de conséquence, les deux évêques, de Strasbourg et de Metz sont nommés par le Président de la République, le président de l’Eglise Alsace - Moselle - code penal local (Magà Ettori - Blog)protestante est nommé par l’Etat, et les membres laïcs du consistoires israélites, sont agréés par le premier ministre. Tout ce beau monde est appointé avec les impôts de l’ensemble de la communauté nationale (y compris la Corse), en infraction totale avec la loi de 1905 de séparation des Eglises et de l’Etat. La République n’est elle pas une et indivisible ? La langue de la République n’est-elle pas le français ? Ah encore une spécificité locale. En 2012, le Sénateur Masson attirait l’attention de la garde des sceaux sur le fait que certains textes allemands applicables dans les trois départements d’Alsace-Moselle avait donné lieu à une traduction publiée au  »Bulletin officiel d’Alsace-Moselle » en 1925. Ce à quoi la ministre de la justice répondit :  »actuellement la plupart des textes adoptés par l’administration du Reich allemand entre 1871 et 1918 et encore appliqués en Alsace et en Moselle ne sont pas officiellement traduits en français même si des traductions officieuses existent. C’est donc le texte allemand, apprécié par les juridictions, à la lumière notamment des traductions documentaires, qui fait foi. » Pas très constitutionnel tout ça.  Et ne parlons pas du droit local qui offre une multitude d’avantages dans le domaine du droit associatif, du droit du travail, des débits de boissons, de la justice, de l’apprentissage (l’enseignement religieux est obligatoire à l’école publique, sauf dispense), de la chasse, du commerce, de la police du bâtiment, de la navigation sur le Rhin, etc, etc,… et ma préférée le délit de blasphème qui punit le blasphème et l’entrave aux cultes jusqu’à trois ans d’emprisonnement. Au nom de ce délit de blasphème, une plainte avait été déposée en 2013 contre Charlie Hebdo par la ligue de défense judiciaire des musulmans, mais rejetée pour des raisons de forme. Le mardi 6 janvier, la veille de l’attentat contre Charlie Hebdo, les représentants des cultes religieux d’Alsace et de Moselle étaient auditionnés par l’Observatoire de la laïcité (instance rattachée aux services du Premier ministre) car ils demandaient l’abrogation du délit de blasphème, héritage du Concordat, toujours inscrit dans le droit pénal local. Bien entendu, pas très Charlie tout ça. Nous pensons que Monsieur Peiffer ne songe pas à réintégrer l’Alsace-Moselle au sein de l’Empire allemand de Bismarck, et combien même il aurait quelques velléités en ce sens, nous rassurons les lecteurs des Dernières Nouvelles d’Alsace, l’empire allemand a pris fin le 9 novembre 1918, deux jours avant l’armistice qui a mis fin à la Première Guerre mondiale, par l’abdication de l’empereur Guillaume II et la proclamation de la république de Weimar. Bonne nouvelle, les trains vont pouvoir continuer à rouler à droite en Alsace et en Moselle et non à gauche comme en Corse.

Territoriales 2015 en Corse

France 3 Corse ViaStella a organisé deux débats entre les candidats aux élections territoriales. Après tirage au sort, Hyacinthe Santoni, Jean-Guy Talamoni, Paul Giacobbi, Camille de Rocca Serra, Gilles Simeoni et Dominique Bucchini ont été les six invités du premier rendez-vous, et Jean-Charles Orsucci (Divers gauche, La Corse à coeur), Emmanuelle de Gentili (Parti socialiste, La Corse qui ose), Paul-Félix Benedetti (Nationaliste, Rinnovu), José Rossi (Les Républicains/UDI), Christophe Canioni (Front National) et Jean Zuccarelli (Parti radical de gauche, La Garantie Républicaine) les six invités du second débat.
Les débats sur deux jours pourraient se résumer à un combat de boxe entre un puncheur arrogant (Paul Giacobbi) et un styliste prudent (Gilles Simeoni), sous le regard malicieux de Dominique Bucchini. Il est toujours très intéressant d’entendre Paul Giacobbi que certains surnomment Janus promettre monts et merveilles sur le plan économique, en gros tout ce qu’il n’a pas fait pendant 5 ans, sauf pour les emplois publiques (voir rapport de la chambre des comptes). Tant d’orgueil dans une seule personne relève d’un miracle de la nature : lui est  »un pro et les autres sont des amateurs » (sic), il est le PADDUC, il est à lui tout seul le sauveur de l’université (2 fois). C’est bien connu quand Paul Giacobbi marche sur un trottoir, même le trottoir change de trottoir. Rappelons le dossier des gîtes ruraux, où il est soupçonné d’avoir fait profiter à des proches et des élus de près de 400.000 € de subventions, sa gestion très particulière à la tête du Conseil Général de Haute-Corse jusqu’en 2010 avec l’affaire des marchés truqués de préservatifs (2 millions d’Euros), des soupçons de détournements de fonds publics pour une association d’aide aux jeunes errants, celle des gîtes ruraux, des deux assassinats (son proche conseiller Dominique Domarchi et celui de Jean Leccia, directeur général des services du conseil général de la Haute-Corse). Il n’y a pas de raisons de pavoiser. Et pourtant, il sait que sa liste est en mesure de pomper toutes les voix de gauche, y compris chez ses anciens partenaires.
En face Gilles Simeoni fut exemplaire de rigueur et de précision. Ses analyses des transports (aériens, terrestres et maritimes) furent très pertinentes. Un petit rappel des lois douanières ne fait jamais de mal. Et en prime, quelques propositions concrètes dans le sens de l’intérêt général. Un débat sans faute. A noter une phrase de Gilles Simeoni :  »des fortunes se sont fondées de manière anormale sur l’appauvrissement général ». Le match s’est poursuivi jusqu’à la fin avec Paul Giacobbi, où Gilles Simeoni relevait que la centrale de Luciana avait coûté 330 millions d’euros, mais avait rapporté seulement 30 millions d’euros  aux entreprises insulaires. Bravo à Gilles Simeoni pour le clin d’oeil à l’humanisme et à l’universalité.
L’appel de Dominique Bucchini au contre-pouvoir, était très lucide. Pour le reste le président actuel de l’Assemblée de Corse est resté dans son rôle de pacitori, un grand classique qui ne devrait pas lui rapporter (sauf à fusionner avec Giacobbi). Hyacinthe Santoni s’est écouté parler, malheureusement il n’est plus un tribun depuis longtemps. Seul élément à son actif, il n’a jamais été aux affaires en Corse et n’est donc pas responsable du marasme économique actuel. Camille de Rocca Sera et José Rossi devrait récupérer à eux deux l’essentiel des voix de droite, pourquoi faire deux listes ? Pour déterminer qui est le boss ? Il y a des primaires pour ça.
Sur le second débat nous dirons que Jean Zucarelli n’a pas été au niveau, pas à l’aise, et peu concret.  »Moi je, moi je » il faut arrêter le nombrilisme quand on représente une famille politique.
Christophe Canioni fait un peu tâche, ponctuant son discours de Heu Heu et de phrases inaudibles. Diriger une liste FN , bon voilà quoi… mais en plus le faire mal, c’est dommage. Il semblait perdu dans le débat. Une méconnaissance totale des dossiers, pas de vision politique affichée, un discours plat. Christophe Canioni débarque en tête de liste et ça se voit. Ce qui est effrayant, c’est qu’il soit crédité de 11%. Espérons qu’il s’agisse d’une erreur de virgule. Le retour à la CTC d’un élu FN n’est pas impossible, et ce serait sans doute le moins compétent de tous. Dans les scénarios catastrophe, imaginons qu’une liste lui propose la présidence de l’Assemblée pour récupérer ses 11% ! Impossible ? A suivre…
Il aurait été intéressant que Paul-Felix Benedetti et José Rossi débattent avec ceux de la veille, dommage. Avec ces deux techniciens nous sommes dans le très lourd. José Rossi a sans doute d’autres carte à jouer que l’anti-indépendantisme, sur ce terrain éculé Santoni et Zucarelli ont pris des positions qui vont leur coûter cher. Jean-Charles Orsucci et Emmanuelle de Gentili furent également excellents, précis, pertinent mais un peu trop complice : il fallait faire une seule liste car ils risquent de rester sur le carreau tous les deux. Quoi qu’il en soit, ils ont défendu habilement leur projet politique. Quand la compétence est là, il s’agit juste de sensibilité politique et chacun fera ses choix à l’urne. Et les écolos dans tout ça ?