Edmond Simeoni, le chantre de la non-violence

Edmond Simeoni Patricia EttoriVendredi 14 janvier, le Dr Edmond Simeoni a « rejoint les hautes terres ». Le grand humaniste s’est éteint à Ajaccio. Quatre jours après l’annonce de son décès, les mots me manquent toujours pour évoquer l’homme public, et mon ami. Plutôt que de m’entêter à chercher des mots qui ne viennent pas je décide de passer à l’action, et de faire en sorte que les corses et amis de la Corse rendent un hommage au missionnaire et fondateur de Corsica Diaspora.

Pas le temps de mourir

Edmond Simeoni PatPremières inquiétudes vendredi matin, mon ami Jacques Renucci me prévient qu’Edmond Simeoni est au plus mal. Nous nous quittons en concluant qu’Edmond s’est sorti de situations tellement dramatiques, qu’il devrait encore une fois faire un bras d’honneur à la faucheuse : « J’ai accompagné tant d’amis dans leur dernière demeure, (silence) ils m’avaient tous enterré un peu tôt », m’avait-il lancé un jour en écarquillant les yeux malicieusement, la tête penchée, plutôt content de sa plaisanterie. Boutade. Il a tellement le sens de la fraternité, et tellement peur de la mort, qu’il ne peut qu’en rire. Quoi de plus normal d’ailleurs qu’il ait peur de la mort ? Ce n’est pas son monde, son monde c’est la vie, son monde c’est l’action, la réaction, l’anticipation, la confrontation. Rien de mortifère. Il avait approché le monde du silence et du repos éternel, et franchement il a trop d’actions en cours, trop de fer au feu pour mourir.

Comme si de rien n’était

Trente minutes plus tard, une amie me téléphone. Je ne lui réponds pas tout de suite. Depuis ma conversation avec Jacques, je suis plutôt inquiet. J’essaie de me convaincre qu’elle téléphone pour une bonne nouvelle, j’écoute la sonnerie.

Edmond Simeoni Magà Ettori

Je souviens de son accident de voiture en 2010, ou Edmond s’en était tiré sans le moindre dommage. Excédé par mes retards perpétuels, Edmond avait décidé de venir me chercher tous les lundi à Pietranera. C’était un prétexte pour discuter. Arrivé en haut de la rue Emile Sari, il s’arrêtait à la boulangerie pour prendre des viennoiseries et je l’attendais en voiture. Je ne compte plus le nombre de fois où il sortait sans tirer le frein à main, m’obligeant  à le tirer moi-même Il revenait un instant plus tard, avec ses viennoiseries, marquait un arrêt en trouvant la voiture trois mètres plus loin. Entrait dans le véhicule comme si rien ne s’était passé, et reprenait notre conversation comme nous l’avions laissé quelques instants plus tôt.

Voilà ce que j’espérais alors que le téléphone sonnait, que cette nouvelle alerte ne serait qu’une alerte, et que nous allions reprendre notre conversation, comme si de rien n’était.

Si n’hè andatu (il nous a quitté) 

Une rumeur annonçait le décès d’Edmond sur les réseaux sociaux mais le post fut rapidement retiré. Je décroche mon téléphone qui sonne toujours. Edmond si n’hè andatu. J’écoute. Je réfléchis. Je comprends … ou plutôt je ne comprends pas, quelque chose m’échappe. « Edmond si n’hè andatu », Edmond nous a quitté ? Un silence, je ne trouve pas les mots justes, je n’en trouve aucun. J’écoute mon interlocutrice reprendre l’historique détaillé de sa maladie. Je ne l’écoute plus vraiment en fait.

Edmond Simeoni Magà Ettori Université de Corse

Edmond avait un pouvoir : celui de traiter chacun de ses contacts d’une manière exclusive. De fait, ils sont nombreux à avoir l’impression qu’il fut « leur meilleur ami ». C’était vrai en quelque sorte.

Mon téléphone s’allume comme un sapin de Noël. On dirait que tous nos amis ont eu l’information en même temps. De brèves conversations s’enfilent comme des perles. J’arrête de répondre, afin de prévenir des proches à mon tour. Le téléphone sonne sans discontinuer.  Et les anecdotes continuent : « tu te rappelles quand… », bien entendu que je me rappelle. Je partage avec Edmond cette singularité de ne rien oublier. Et quand je ne me rappelle pas, c’est que l’histoire est souvent enjolivée, exagérée, voire amplifiée. Mais j’aime à l’entendre tous de même.

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C’était d’ailleurs une de nos plus grandes complicités, quand quelqu’un croisait Edmond et lui racontait une de ces aventures épiques qu’ils avaient vécu ensemble. Dès que nous frisions l’incongrue ou l’exaltation, je voyais bien qu’Edmond avait du mal à ne pas rire, mais il ne le faisait jamais. Trop d’empathie. Il n’aurait voulu froisser la personne pour rien au monde, et puis je crois qu’il était fier que sa vie romanesque puisse inspirer autant.

L’homme d’Aléria

Magà mitraillette.jpgIl faut dire que certaine fois il était difficile de faire la différence entre la réalité et la fiction. Comme cette fois où j’ai demandé à Edmond de descendre une mitraillette à Ajaccio depuis Bastia. En fait, il s’agissait du pistolet-mitrailleur Sten, utilisé par les maquisards en 1944 et qui m’avait été prêté par le musée à Bandera à Ajaccio dans le cadre d’un tournage de film.

Justement je reçois un texto de Victor, mon ami d’enfance, celui qui avait récupéré la mitraillette auprès d’Edmond pour la remettre au musée à Bandera. Victor m’envoie un article de presse.

L’article de l’AFP a mis le feu aux poudres et c’est la totalité de la presse nationale qui évoque la disparition de « l’homme d’Aléria », « le père de toutes les luttes », « le père du nationalisme corse », etc, etc. Le père du nationalisme corse me fait sourire car cela me rappelle une plaisanterie de Marc, son fils : « si mon père est le père du nationalisme corse, qui suis-je ? ». L’humour n’est pas seulement lié au désespoir, mais aussi à l’intelligence, et je crois que c’est ce qui caractérise la famille Simeoni.

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Lettre aux femmes

La famille étant d’ailleurs au cœur des préoccupations quotidiennes d’Edmond. S’il vouait une passion sans bornes à ses deux enfants et ses 5 petits-enfants, Lucie tenait une place particulière dans son quotidien depuis 60 ans. Il n’aurait jamais eu ce parcours sans son épouse.

Un jour je me suis mis en tête de lui faire raconter Aléria pour un de mes films, et comme interviewer, j’ai choisi l’excellence, à savoir Sampiero Sanguinetti. Un damier au sol, un fond vert et c’est parti. L’entretien devait durer 2 heures, nous avons en fait tenu plus de 5 heures de discussion passionnante et haletante.

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A la fin du tournage Sampiero – qui connaissait pourtant très bien Edmond – nous dit : « je suis surpris qu’Edmond se soit confié à ce point et surtout qu’il ait tant parlé de Lucie. Nous savions qu’elle était d’une grande importance pour lui, mais tout de même pas à ce point ». Bien entendu que derrière chaque grand homme il y a une femme, et le féministe qu’était Edmond Simeoni le savait. Pourquoi croyez-vous qu’il a écrit un livre intitulé « Lettre aux femmes» ?

Le retour vers les hautes terres

Quand les appels se calment un peu, je me mets à regarder la presse en ligne. Retranscription quasi littérale du communiqué AFP, je trouve les médias peu inspirés sur ce coup. Puis je me souviens d’une réflexion d’Edmond sur le cinéma. Il me disait avoir un regard très critique sur les séries ou les films avec un contenu médical. Le docteur gastro-entérologue, trouvait que le 7 ème art traitait le sujet avec beaucoup de légèreté.

C’était peut-être mon problème, je connaissais trop bien le sujet. Du coup cette proximité pose un autre problème : qu’est-ce que je vais bien pouvoir écrire à propos d’Edmond ? Jacques Renucci avec sa plume diabolique a mis la barre haute dans Corse Net infos : « Disparition d’Edmond Simeoni : La Corse touchée au cœur ». Bon mais en même temps c’est Jacques Renucci, et j’en connais peu qui arrive à ce niveau.

Jacques au téléphone me dit : « regarde ce que les autres ont écrit et fait autre chose ! », ah ah ah voilà bien les conseils de mon ancien prof de français. Alors voyons ce qu’ont fait les autres.

Un entretien d’Edmond titré : « En 2016, Edmond Simeoni envisageait sa mort avec sérénité »… Euuuuuuh je serais bien surpris qu’Edmond puisse envisager sa mort avec sérénité, voyons voir. Edmond dit qu’il ne veut pas que l’on lui fasse des statues, ok. Il dit que l’heure du bilan approche et il envisage le retour vers les hautes terres comme les indiens, ok. L’intérêt réel de cet entretien c’est une phrase où Edmond parle de son allergie aux injustices : « u solcu naturale di i corsi (le sillon naturel des corses), le fondement de la révolte, ça a toujours été l’injustice ». Voilà, tout est dit.

En attendant je ne sais toujours pas quoi écrire. Je fais un petit texte en Corse « Edmond, a to strada», je remets en ligne Lettera à l’Umani (lettre aux Humains) interprété par Edmond en hommage à Pasquale Paoli.

Je ne sais toujours pas quoi écrire, rien de transcendant. Juste de l’anecdotique, et pourtant c’est ce qui m’importe. Ou alors …., oui je sais. En fait je n’ai pas vraiment envie de parler d’Edmond, j’ai envie de passer à l’action, comme nous l’avons toujours fait ensemble.

Les trois jours qui suivent, j’active tous les réseaux que nous avons créés ensemble au moment de la création de la Maison de la Corse et de Corsica Diaspora. Je contacte un certain nombre de nos amis de grande qualité comme René Siacci, Michel Vergé Franceschi, Petru Ghjaseppu Franceschi, Christophe Mariani, Antoine Bernardi, Patrice Bernardini et tant d’autres. Mon idée est simple nous allons mettre en chantier tout une série d’hommages à Edmond Simeoni, le chantre de la non-violence.

Une série d’hommages

Le premier hommage aura lieu ce vendredi à la casa di u Populu Corsu à Issy-les- Moulineaux, ce lieu mythique de la diaspora parisienne. Le second hommage sera courant janvier à Paris, beaucoup plus formel. Et enfin un autre hommage lui sera rendu le 2 octobre prochain au cours d’un colloque international contre la non-violence que j’organise.

Je prépare vite un petit texte qui va être lu par Patrice Bernardini ce soir, avant la diffusion de « Lettera à l’Umani ». Nous allons lui rendre un hommage ce soir au Centre culturel Alb’Oru dans le cadre d’un concert des Resto du Coeur.  Patrice veut faire une chanson, nous verrons si je trouve les mots.

Maintenant je sais pourquoi je n’arrivais pas à écrire à propos d’Edmond, la raison est simple. Edmond a rejoint sa dernière demeure, et sa dernière demeure c’est l’Histoire. Son travail n’est pas fini. Mon seul problème, c’est que je ne pourrais même pas lui téléphoner pour lui raconter cette nouvelle idée. Il m’aurait dit comme à l’accoutumé : « j’attends ton email. Mais synthétique, juste trois lignes. Allez, basgia a to moglia e to figliole (embrasse ta femme et tes filles). »

Un dernier coup d’oeil à la presse : Edmond Simeoni, le chantre de la non-violence. Cusì sià (qu’il en soit ainsi).

Edmond Simeoni, Lettera à L’umani

ECOUTER LETTERA A L’UMANI  (Lettre aux humains) par Edmond Simeoni

(texte Magà Ettori, Musique Patrice Bernardini, Voix Edmond Simeoni), extrait du spectacle musical LA REVOLUTION CORSE écrit et mis en scène par Magà Ettori

Magà Ettori _ Edmond Simeoni unesco

LETTERA A L'UMANI (Magà Ettori - Edmond Simeoni)

Le cabinet noir qui dirige la Corse

gun moneyLe procès de l’ex-député Paul Giacobbi (celui qui serrait longuement la main du nouveau président Macron à l’Elysée le jour de l’élection), condamné pour détournement de fonds publics, met à jour l’existence d’un cabinet qui dirigeait la Corse, un de ces cabinets noirs dont est si friande notre démocratie défaillante. Les urnes et les élections n’ont jamais été là que pour la parade. Un cabinet noir, voilà bien un secret de polichinelle. Tout le monde le savait, mais les couards et les opportunistes tenaient leurs langues. Un cabinet noir qui n’a jamais été vraiment dissimulé, tant l’impunité supposée et réelle du clan Giacobbi semblait immense. Faisant partie des rares personnes à m’être réellement érigé contre ce système clientéliste et corrompu de la Giacobbite sphère, allant jusqu’à faire diligenter une enquête par la répression des fraudes, je dois avouer que le déballage judiciaire de Paul Giacobbi et consorts ne me surprend absolument pas. Il y a 14 mois, Paul Giacobbi était condamné à trois ans de prison ferme et cinq ans d’inéligibilité pour détournement de fonds publics, lors du procès dit des gîtes ruraux portant sur près de 500.000 euros au profit d’une quinzaine de bénéficiaires. Aujourd’hui Ils ne sont plus que six sur le banc des accusés de la Cour d’appel de Bastia. Cinq condamnés en première instance – Paul Giacobbi, Thierry Gamba-Martini, Pierre-Marie Mancini, Jean-Hyacinthe Vinciguerra, et Marie-Laure Le Mée, et Jacques Costa (relaxé). Jacques Costa et de Pierre-Marie Mancini, respectivement président et rapporteur de la Commission du monde rural qui votait les subventions, rejettent la responsabilité sur le cabinet noir de Paul Giacobbi. « Vous reconnaissez n’avoir jamais exercer de véritable contrôle… Les dossiers, vous les regardiez ? », interroge Véronique Maugendre,  la présidente de la Cour d’appel de Bastia :  » Il n’y avait rien ! Je n’allais pas examiner le rien ! » répond Jean-Hyacinthe Vinciguerra. La Commission en question est celle du monde rural censée valider les aides.  « Ce n’est pas les élus qui décidaient, ni les fonctionnaires. C’était le cabinet ! Si vous vouliez quelque chose, il fallait passer par le cabinet » enfonce Jacques Costa qui  nie avoir déposé un quelconque dossier et renvoie l’intégralité de la responsabilité de l’attribution des subventions sur le cabinet noir de Paul Giacobbi.  Jacques Costa ajoute : « Augustin Viola et Dominique Domarchi ! Mr Viola, c’était le bras droit de Mr Giacobbi.  Je ne sais pas exactement ce qu’ils faisaient. Ils recevaient les élus. Ils donnaient les ordres aux chefs de service et aux directeurs. Le président était souvent à Paris en raison de son mandat de député. C’étaient eux qui disaient aux fonctionnaires ce qu’il fallait faire… ».  Le président était souvent à Paris, et c’est le cabinet qui dirigeait la Corse ? Voilà qui est dit. Un cabinet noir dirige la Corse, circulez il n’y a rien à voir !

Mafia corse, l’amour vache

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A quelques jours de son procès en appel de l’affaire des gîtes ruraux Paul Giacobbi, ex président du Conseil Départemental de la Haute-Corse, président du Conseil Exécutif, et homme fort de la politique en Corse a retrouvé une vache noyée au fond de sa piscine. On ne peut que penser à une réplique du parrain « C’est un message sicilien : Luca Brasi dort chez les poissons », ou alors le passage où Woltz découvre avec horreur la tête ensanglantée de son cheval de course, Khartoum dans son lit. Mais il n’y a aucun lien entre le film et la vache de Giacobbi, c’est certain, ce n’est pas ce que je dis. Il ne faut pas préjuger de la raison pour laquelle cette pauvre vache s’est retrouvée noyée au fond d’une piscine. Sinon c’est la théorie du complot ça monsieur. Les vaches corses sont très particulières et ne correspondent à aucun stéréotype des vaches classiques. Celle-ci voulait sans doute prendre un bain, le hic c’est qu’elle n’avait plus son bikini, mais pour le reste rien d’anormal. Elle est corse on vous dit.

Collectivite Territoriale de Corse -LE-PARRAIN - (blog Magà Ettori)Les histoires de droit commun en Corse, flirtent souvent avec le cinéma, les unes se confondent avec les autres et on ne sait plus faire la part entre la fiction et la réalité. Ce qu’avait fait hurler Cécile Simon, la présidente du tribunal correctionnel de Paris :  « Je vais vous dire. On est dans la réalité, monsieur. Vous n’êtes pas au cinéma. » C’est vrai que dans la fiction, il était Manu. « Un homme de main, un tueur, un professionnel », décrit-il devant le tribunal correctionnel de Paris. « Un bandit, quoi? », interrogeait la présidente. « On peut dire ça comme ça », approuve Frédéric Graziani qui parlera plus loin du souffle de la brise de mer sur le cercle Wagram. Face à ses juges, il évoque « un mélange entre la réalité et la fiction ». On ne sait plus si c’est l’affaire du Cercle de jeu Wagram qui s’invite dans la série « Mafiosa » ou l’inverse. Toujours est-il que deux acteurs de la série, Frédéric Graziani et Michel Ferracci, sont mêlés à ce dossier entre fiction et réalité.

Collectivité Territoriale de Corse - Paul m'a tuer

Alors que nous sommes dans la troisième journée d’audience du procès en appel de l’affaire des gîtes ruraux (article) l’audition de ce matin de Paul Giacobbi était très attendue. Ce dernier a déclaré s’être senti trahi par ses deux proches conseillers de l’époque, Dominique Domarchi et Dominique Viola. « Tout s’est passé à mon insu. Je suis profondément choqué. C’est une trahison », a confié Paul Giacobbi. C’est là que l’on repense à la vache dans la piscine. Il aura fallu l’intervention des gendarmes et des pompiers pour sortir la pauvre victime barbotant pendant plusieurs jours. Les médias ont été surpris que cette histoire d’amour vache mette tant de temps à filtrer. Mais que l’on se rassure, à la fin le message passe bien.

 

 

Ca se corse pour la prostitution

boulogne.jpgIl existe deux sortes de personnes : ceux qui sont corses et ceux qui veulent le devenir, y compris dans le monde de la prostitution ! Un site spécialisé de plaques d’immatriculations (si, si ce n’est pas une blague) a récemment dévoilé son classement des plaques en France. L’espace réservé au département et au logo régional offre un espace de création aux automobilistes : les propriétaires peuvent y placer le duo département/région de leur choix et sans surprise la Corse se fait remarquer. Il s’avère qu’il y a plus de plaques corses que de Corses, pas au point de devancer les numéros 75 (Paris), 13 (Bouches-du-Rhône) et 06 (Alpes-Maritimes) qui sont les plus demandés car ces trois départements sont parmi les plus peuplés, avec 3 des 5 premières villes de France, mais nous sommes quand même pas mal. Au même niveau que les demandes pour des plaques de Parisiens se trouve la Corse du Sud. Avec 3% des demandes, le sixième département le moins peuplé de France métropolitaine (151.652 habitants au dernier recensement) est clairement surreprésenté sur les plaques françaises. Le fondateur du site en question donne plusieurs raisons à cette étrangeté: « Il y a trois phénomènes qui expliquent cette forte demande pour le logo Corse. En premier lieu, le très fort attachement des Corses à leur région, peu importe où ils résident sur le territoire. Apposer la tête de maure sur la plaque de sa voiture serait également un gage de sérénité dans l’inconscient collectif. Enfin, à l’approche de la traversée de la Méditerranée, les automobilistes préféreraient apposer l’emblème de la Corse pour éviter d’être perçus comme des touristes. » Oui mais voilà, même les véhicules (qui n’ont pas passé la mer depuis 10 ans), et qui visiblement ne roule pas tellement, semblent avoir trouver un moyen de corsiser leurs activités, comme j’ai pu le constater cet après-midi en allant courir vers le bois de Boulogne. Oui courir, soyons sérieux…. donc pendant mon run, je n’ai pas pu m’empêcher de repérer et photographier le véhicule d’une galante qui affichait à l’arrière le drapeau corse et le drapeau breton. L’hermine et la testa mora, comme une double garantie de sécurité ? Peut-être, mais les clichés ont la vie dure, eux aussi.

Fiche « S », à qui profite le crime ?

Le militant nationaliste Félix Benedetti a été placé en garde à vue ce mardi après-midi, en réaction à son refus de se voir inscrit au fichier judiciaire national automatisé des auteurs d’infractions terroristes (Fijait). La machine judiciaire semble s’emballer, mais elle ne s’emballe jamais par hasard en Corse tant la politique et le judiciaire semblent marcher dans le même sillon. Félix Benedetti est resté en détention provisoire puis assigné à résidence en région parisienne pendant quatre ans dans le cadre d’une affaire de détention d’armes. En mars dernier, il a effectué son retour en Corse suite à la levée de son assignation à résidence tout en restant sous contrôle judiciaire. En  juin dernier il était condamné pour détention d’armes et d’explosifs et association de malfaiteurs en lien avec une entreprise terroriste. Félix Benedetti a fait appel de sa condamnation : « Du point de vue de mon cas particulier, j’estime qu’il n’est pas normal d’être inscrit au Fijait, j’ai fait appel de ma condamnation, je ne suis pas définitivement jugé et toujours présumé innocent ».

Ce qui est ridicule dans cette affaire, c’est que la fiche » S » est un document des sécurités intérieures qui contient des données personnelles très précises : un état civil complet, un signalement et une photographie, les motifs de la recherche, ainsi que la conduite à tenir en cas de découverte de l’individu. La fiche est destinée à attirer l’attention de la police si l’un des fichés est interpellé ou simplement contrôlé, pas plus. Très franchement, si un seul policier en poste dans l’île – et particulièrement les services de renseignement – ne connaissent pas Félix Benedetti, il est temps pour lui de changer de métier.

Mais en fait, qu’est-ce que ces fiches « S » et quel rapport avec la Corse ? En 2015, après les attentats de Paris, plusieurs personnes ont été interpellées en France et en Belgique. Au fil des jours, les auteurs de ces attaques sont identifiés et certains étaient fichés « S ». En Corse comme ailleurs, des personnes soupçonnées d’islamisme radical étaient fichées « S ».

La fiche « S » est l’une des 21 catégories d’un vieux fichier de police crée en 1969 et intitulé Fichier des personnes recherchées (FPR). Une immense base de données qui recouvre plus de 400.000 noms, du simple militant anarchiste au terroriste présumé. La fiche « S » (pour Sûreté d’Etat) est censée regrouper les individus les plus sensibles et les plus dangereux : ceux qui sont soupçonnés d’avoir un lien avec la mouvance terroriste et menacent la sûreté de l’Etat.

La fiche « S » comporte 16 niveaux qui vont de « S 1 » à « S 16 », par exemple, Mohammed Merah était en degré 5 avant la tuerie de mars 2012 à Toulouse. La numérotation ne correspond toutefois pas au degré de dangerosité de l’individu fiché, mais plutôt de la conduite à avoir pour les forces de l’ordre s’ils tombent sur ladite personne. Des terroristes présumés aux membres de groupuscules d’extrême droite, en passant par des hooligans, des zadistes ou des militants antinucléaires, le profil des fichés « S » est extrêmement varié, même si aujourd’hui et dans le contexte actuel, il est difficile de ne pas l’assimiler au fichage du radicalisme islamistes. Nous sommes loin du cas Félix Benedetti, même avec une barbe d’un mois. Il y aurait plus de 10000 personnes fichées « S », en France dont plus de la moitié en tant qu’islamistes radicaux ou en lien avec la mouvance terroriste en question.

Les fiches « S » ne sert donc qu’à signaler aux services concernés qu’un individu est lié au terrorisme. On ne va pas revenir sur ce point, je pense avoir donné mon avis plus haut. Toutefois, dans le cas de Félix Benedetti la question du terrorisme reste largement posée. La justice n’a donné qu’un faisceau de preuve à ce propos, et  loin d’être significatif. En effet, l’association de malfaiteurs en lien avec une entreprise terroriste a été retenue car les enquêteurs auraient trouvé dans son répertoire téléphonique le nom de 7 nationalistes condamnés par la juridiction antiterroriste. Alors très franchement, quand on connaît le tissage de la société corse, on peut dire sans rougir qu’avoir 7 nationalistes condamnés par la juridiction antiterroriste dans son répertoire n’est certainement pas un acte délictueux.  Ou alors il faudra condamner toute l’île pour association de terrorisme. D’autant que les 7 nationalistes condamnés étaient tous des personnalités publiques et/ou politiques éminentes. Enfin tout ça pour dire que nous risquons tous de nous retrouver à Cayenne, et qu’il est temps de préparer nos baluchons.

Bien entendu, Félix Benedetti a décidé de ne pas se plier à la contrainte. Il l’expliquait dans la presse régionale, il y a une dizaine de jours : « en tant que militant nationaliste, être taxé de terroriste dans le contexte actuel et se plier à des obligations créées pour surveiller les islamistes radicaux est inacceptable ». Bon pas uniquement pour surveiller les islamistes radicaux, mais quand même l’ombre de Daech n’est pas très loin. D’un point de vue humain et politique, la posture de Félix Benedetti est totalement compréhensible. D’un point de vue stratégique et sociétal on se demande si certains n’ont pas intérêt à mettre le feu aux poudres. La Corse connaît un des rares moment d’apaisement de son histoire contemporaine. Mais ce n’est peut-être pas du goût de tout le monde.

En juillet dernier, trois partis nationalistes et autonomistes se sont réunis à Corte pour constituer un grand parti de gouvernement, souhaité par le président du Conseil exécutif Gilles Simeoni, en vue des élections territoriales de décembre. C’est en tant que groupe que les trois partis autonomistes Inseme, À Chjama Naziunale et le PNC (Partitu di a Naziona Corsa) siégeaient jusqu’à présent à l’Assemblée de Corse sous la bannière Femu a Corsica. Gilles Simeoni annonçait : « Femu a Corsica doit évoluer fortement et rapidement et devenir un véritable parti de gouvernement, adossé à un fonctionnement respirant et démocratique, ouvert à la société civile, présent sur tous les terrains de lutte et d’action ». Suite à l’annonce d’un parti de gouvernement, le conseiller territorial Paul Félix Benedetti (frère de Félix) a annoncé sa déception. Sans rentrer dans la cuisine politique, nous dirons que Rinovu – le parti politique porté par – n’était pas invité à cette date, à l’aventure d’un Parti de gouvernement.

Le cas de Félix Benedetti n’est pas isolé. Le très jeune militant nationaliste Stéphane Tomasini, condamné à 5 ans d’emprisonnement pour une action à la voiture bélier contre la sous préfecture de Corte en 2012, a été remis en liberté en juillet dernier, et a été interpellé ce jour. Oui, la politique et la justice marchent souvent dans les mêmes sillons en Corse, et c’est dommage car les jours de fortes pluies le sillon devient bourbier, voir marécage. Il suffit de suivre les récents rebondissements de l’affaire des gîtes ruraux pour s’en convaincre. Dès lors deux questions restent en suspend : « que rapporte ces garde à vue, et à qui ? ». Comme dirait un ostracisé en Corse en 41 de notre ère : « Le coupable est celui à qui le crime profite ».