Alain Finkielkraut, Greta Thunberg et les dix plaies d’Égypte

67551468_10220231690648844_4582213536230408192_nAlain Finkielkraut est surprenant, non ? Sa médiocrité et la place qu’il occupe sur la scène médiatique française du XXIeme siècle font de lui un intellectuel unique. Le polémiste est certes bardé de diplômes, un académicien très contesté par ses pairs, lauréat de nombreux prix pour ses pamphlets réactionnaires, mais je ne ferai pas semblant de le croire idiot ou inculte, ce serait de la mauvaise foi et on m’accuserait de faire du Finkielkraut. En fait, la médiocrité d’Alain Finkielkraut c’est qu’il s’exprime sur tous les sujets, sans avoir la maîtrise d’aucun.

67495446_10220231689848824_6881265325975797760_n.jpgJ’ai pris conscience de sa futilité en lisant une tribune de Rony Brauman dans le Monde. En octobre 2006, Alain Finkielkraut, Élisabeth Lévy et Rony Brauman publiaient aux éditions Mille et une nuits : « La discorde : Israël-Palestine, les Juifs, la France ». Dans sa tribune Rony Brauman déclarait : «Finkielkraut parle du conflit israélo-palestinien mais n’est jamais allé voir les territoires palestiniens, ni même n’a accepté d’aller dialoguer dans une banlieue en France. A ma grande stupéfaction, à l’époque où nous dialoguions sur Israël, il ne s’est jamais rendu dans les territoires, du côté des Palestiniens. Il disait qu’il savait d’avance ce qu’il y avait à voir. À cette époque, j’allais parler du conflit dans les banlieues, je lui ai proposé en vain de venir pour éprouver ce miracle relationnel qui peut survenir lors d’une rencontre. Dans ses essais, il condamne la raison pure, il donne leur place aux passions, à l’émotion. Mais cette émotion-là, née de l’échange direct, il se l’interdit».

Alors quoi Rony Brauman ? Une querelle avec un ex-compagnon d’armes ? Peut-être que l’ancien président de Médecins sans Frontières a eu un conflit avec Finkielkraut ? On le sait, Finkielkraut est une victime perpétuelle. Mais pourquoi lui ? Pourquoi toujours lui ? Pourquoi l’humanité a une dent contre Finkielkraut ? A cause de son ignorance ? De sa démagogie ?  De sa prétention ? Un peu des trois peut-être.

Soyons clair, le cas Finkielkraut ne m’a jamais intéressé. En 1995 je lis l’article d’Alain Finkielkraut dans Le Monde : « L’imposture Kusturica ». Finkielkraut crucifiait « Underground » un excellent film réalisé par Emir Kusturica, palme d’or au Festival de Cannes : « le jury a honoré un illustrateur servile et tape-à-l’oeil de clichés criminels. ». Waouh pas moins. Le plus drôle, c’est que Finkielkraut a reconnu peu de temps après n’avoir pas vu le film. No comment.

J’ai aussi vaguement suivi les critiques contre les films d’Abdellatif Kechiche que Finkielkraut n’a toujours pas vu, et enfin l’offensive contre une autre palme d’or de Cannes : « Entre les murs » de François Bégaudeau. Bof, bof, bof. C’est évident qu’il chasse la publicité, surtout depuis Kusturica. C’est tout de même incroyable, que cet homme qui n’a rien à voir avec le 7eme art, puisse inscrire son nom dans l’histoire du Festival de Cannes (je parle de Finkielkraut, bien entendu).

Je vous passe toutes les polémiques invraisemblables qu’à déclenché Finkielkraut au cours de ces dernières années. Il n’en reste que des incohérences, de la méchanceté gratuite, de l’amertume et quelques surprises. Que l’on reconnaisse Finkielkraut dans la rue et qu’il puisse se « faire bouger »  avec des gilets jaunes, ou encore lors des « nuits debout » est surprenant. Après tout ce n’est pas exactement une rock star.

La grande question est : « pourquoi est-ce que les médias continuent à lui servir la soupe ? », c’est fou ça. Ce dimanche (encore), il fait la Une et la dernière page du Corse-Matin. Il évoque sa présence à Erbalonga le jour-même pour une conférence qu’il donne avec Régis Debray. Dans cet article Finkielkraut ne manque pas de s’en prendre au militantisme végane et à l’élevage industriel. D’accord, d’accord. Visiblement une fois encore, il n’a pas tout compris. Pourtant il y a d’excellents bouquins sur le sujet, il aurait pu se renseigner avant de déverser son fiel : « les tenants de la cause animale sont en réalité des militants de l’extinction des espèces qu’ils prétendent protéger. », j’avoue que sur ce coup, je suis au bord de la crise de rire.

Pour ne pas faire du Finkielkraut, nous décidons donc d’être présents à la conférence d’Erbalonga. Quelle débâcle. Plus qu’une conférence, nous assistons à une pâle conversation de comptoirs. Le conférencier qui porte toute la misère du monde, survole les sujets, ergote et endort un auditoire qui s’était pourtant déplacé en nombre. L’écologie politique, voilà son dernier dada. Un sujet que Finkielkraut ne maîtrise absolument pas, mais dont il parle abondamment. Arrive le jeu des questions/réponses. Avec toute la hauteur que lui confère son statut d’académicien, Finkielkraut descend en flamme une jeune auditrice bastiaise qui lui reprochait de clouer Greta Thunberg au pilori. Réponse sèche de Finkielkraut : « S’il y a du vrai dans ce que dit Greta Thunberg, c’est qu’elle est un perroquet du temps ». Oh la punch line de folie, « un perroquet du temps ». Il a dû la travailler celle-là.

1241680-telechargement-3En revanche ce qu’il a oublié de travailler, c’est le fond de son propos écologiste. Au pire, il lui suffisait d’attendre le dernier rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec) sur la dégradation des sols. Le résumé aux décideurs publié ce jeudi aurait apporté à Finkielkraut un éclairage suffisant (extrait Libération) : « L’alimentation est au cœur de la lutte contre le changement climatique car elle en est à la fois une des principales causes, et en subit durement les conséquences. Le secteur agricole représente 30 % des émissions de gaz à effet de serre et occupe 40 % des terres. Des proportions promises à augmenter avec l’amélioration du niveau de vie dans de nombreux pays. En parallèle, chaque degré de réchauffement réduira de 6 % les rendements de blé, de 3 % ceux de riz et de soja et de 7 % ceux de maïs. Or ces cultures fournissent deux tiers des apports en calories de l’humanité et les salaires de millions d’individus. En outre, l’augmentation de la concentration en CO2 dans l’atmosphère provoque une baisse de zinc et de fer dans les céréales et les légumes. De quoi aggraver la recrudescence des maladies liées aux carences en oligo-éléments.

Angoisse des agriculteurs

Face à ces sombres perspectives, le choix entre le burger et les lasagnes végétariennes un midi pourrait faire la différence sur la durée. «La consommation en viande doit être réduite d’au moins 50 % dans les pays industrialisés, alerte Tim Searchinger, chercheur au think-tank World Resources Institute et coauteur du rapport « Créer un futur alimentaire durable » publié en juillet par l’ONU Environnement et la Banque mondiale. Le plus dommageable pour l’environnement reste le bœuf, l’agneau et la chèvre.»

Cela pour trois raisons : ils émettent de grandes quantités de méthane, un gaz à l’effet de serre beaucoup plus puissant que le CO2 ; leur lisier dégage de l’oxyde nitreux qui appauvrit les sols et acidifie les mers ; surtout, les terres occupées par les animaux et utilisées pour cultiver leur nourriture le sont au détriment des forêts, pourtant essentielles pour capter le CO2 de l’atmosphère. Tim Searchinger recommande de réduire d’au moins 10 % la production de porc et de volaille. »

67751304_10220231689208808_5645783597773225984_nMais pour revenir à Greta Thunberg, effectivement il s’agit d’une jeune fille de son temps, qui a eu une réflexion sur l’écologie, qui a fait de sa différence une force, et qui porte un engagement fort. Effectivement l’âcre soixante-huitard a peu de chance de se reconnaître dans la démarche moderne de cette jeune végane. Effectivement l’approche de l’égérie écolo est bien trop bienveillante pour lui. Dans une interview donnée à l’excellent Darius Rochebin pour la Radio Télévision Suisse, Greta Thunberg déclare : « Je ne dis pas que les gens doivent devenir végane ou ne plus prendre l’avion. Je dis simplement que ce sont des choses positives qui peuvent être faites et qu’ensuite chacun fait ce qu’il veut. » Pas d’invectives, pas de contraintes, pas d’obligations, pas de mauvaise conscience, juste la valeur de l’exemple et une extrême tolérance. Moi ça me va, et vous ?

Au lendemain de la conférence de Finkielkraut dans le Cap Corse, est aperçue exactement au même endroit une nappe « d’eaux noires », c’est-à-dire 13 km de matière fécale et d’urine. La préfecture de Haute Corse pense à de l’eau usagée des bateaux et ferries, venant majoritairement des toilettes. Bien entendu il y a le danger sanitaire pour les baigneurs (salmonelle ou staphylocoque), la prolifération d’algues, mais je dois avouer que je n’ai pas pu m’empêcher de penser aux dix plaies d’Égypte. Les tornades, Finkielkraut et la pollution de déchets organiques, trois fléaux qui viennent de s’abattre en quelques jours sur le Cap Corse, espérons que les sept prochains ne soient pas aussi lamentables.

Photos Cathy Campana

1 réflexion sur « Alain Finkielkraut, Greta Thunberg et les dix plaies d’Égypte »

  1. Bonjour Magà.
    Pour la période de transition, chacun fera comme il peut, mais L’OBJECTIF est imposé par les données scientifiques, dont la modération, propre à la signification des termes CLIMAT et EVOLUTION, doit être comprise comme des injonctions de  » bon père de famille  » face à la PROBABILITE météorologique, et à celle des enjeux, car il ne faut pas attendre que l’évènement que l’on sait irréversible et dévastateur se produise, nous devons nous y préparer. Même la planification est imposée par les données scientifiques. Je suis bien triste de voir comme les gens esquivent leur responsabilité individuelle, se réfugiant dans leur action parcellaire et dérisoire, pour ne pas remettre en cause leurs habitudes. 2000 ans pour reconnaître l’ héliocentrisme de Platon. On a une génération ( 30 ans ) pour tout plier et revenir au Moyen Âge des lumières, en synergie avec la Nature, à nous satisfaire de ce que la biosphère pourra nous fournir.

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