Le temps des non-humains

droit non humain 1 (Magà Ettori - Blog)Après moult tergiversations, le Parlement français a enfin reconnu aux animaux la qualité symbolique d’êtres vivants doués de sensibilité, dans un projet de loi de modernisation et de simplification du droit adopté définitivement mercredi 28 janvier par l’Assemblée Nationale.  Ce texte n’avait pas survécu à la politique partisane des sénateurs. Le désaccord portant sur plusieurs dispositions, dont le statut des animaux. Les députés ayant le dernier mot sur ce texte, la cause animale a – pour une fois – eu de la chance : un article, découlant d’un amendement, aligne le code civil, qui considère les animaux comme « des biens meubles », sur les codes pénal et rural qui les reconnaissent déjà comme « des êtres vivants et sensibles ». « Sous réserve des lois qui les protègent, les animaux sont soumis au régime des biens corporels », est-il aussi écrit. La cause vient de franchir un autre pas de l’autre côté de l’Atlantique. Sandra, une femelle orang-outan vivant au zoo de Buenos Aires depuis vingt ans, est désormais considérée comme « une personne non humaine » et aura donc le droit de vivre en liberté, a décidé un tribunal argentin. La Chambre de cassation pénale de la capitale du pays a en effet décidé d’appliquer une ordonnance d’Habeas Corpus (le droit de ne pas être emprisonné sans jugement) à l’animal, considérant ainsi que, même s’il s’agit d’un non-humain, il a des sentiments et le droit à une plus grande liberté. Sandra, bientôt trentenaire, est « une personne non humaine car elle a des liens affectifs, elle réfléchit, elle ressent, elle se frustre d’être enfermée, elle prend des décisions, elle est dotée de conscience et de perception du temps, elle pleure quand elle perd un proche, elle apprend, elle communique et elle est capable de transmettre son savoir », a fait valoir l’Association de fonctionnaires et avocats pour les droits des animaux (AFADA), à l’origine de l’action en justice. Cette décision en Argentine fait écho à celle prise il y a un an par le gouvernement indien. Celui-ci avait en effet conféré aux dauphins ce statut de « personnes non humaines ». Ce qui signifiait que ces cétacés ne pouvaient plus être maintenus captifs, interdisant ainsi les delphinariums dans tout le pays. Il est convenu de souligner l’exceptionnel intelligence des dauphins mais que sais t’on de leurs capacité de coopération ? Par exemple, les dauphins sont capables de tuer les squales en leur infligeant des blessures fatales. On a même vu des nageurs menacés par des squales être secourus par l’arrivée de dauphins qui faisait fuir les requins. En 2008, l’Espagne avait de son côté été le premier pays au monde à reconnaître des « droits humains » aux grands singes (chimpanzés et bonobos). Lors de la 11e conférence de la Convention sur la conservation des espèces migratrices appartenant à la faune sauvage, un traité international, conclu sous l’égide de l’ONU (auquel la France a adhéré en 1990), reconnaît « qu’un certain nombre d’espèces mammifères socialement complexes, telles que plusieurs espèces de cétacés, de grands singes et d’éléphants, montrent qu’elles ont une culture non humaine et en tire pour conséquence qu’outre les écosystèmes, les individus ou la diversité génétique, il faut préserver les cultures animales, en favorisant leur transmission d’une génération à l’autre, en évitant les perturbations anthropiques et en encourageant la recherche sur ces cultures. Si l’existence des cultures non humaines est connue depuis longtemps, la nouveauté est qu’elles soient reconnues officiellement par l’appellation « culture non humaine » et non par des termes atténués tels que « proto-culture » ou « pré-culture ».

droit non humain 2 (Magà Ettori - Blog)La culture des sociétés animales qui n’ont pas à leur disposition de langage syntaxique est simplement différente que la culture des sociétés humaines et peuvent transmettre à leurs congénères des savoirs et comportements qu’ils ont eux-mêmes acquis. L’un des exemples les plus flagrants de cette transmission entre animaux a été observé en Angleterre. Chaque matin, une distribution de lait était effectuée sur le palier de chaque maison. Pourtant un matin les habitants ont eu la surprise de découvrir des mésanges penchées sur leurs bouteilles buvant le lait qu’elles contenaient. Les mésanges avaient en effet réussi à percer l’opercule en aluminium des bouteilles pour y tremper leur bec. Très vite les mésanges de tout le pays se mirent à copier leurs congénères et à voler la précieuse substance enfermée dans les bouteilles, avec une préférence pour le lait entier qu’ils réussissaient à différencier à cause de la couleur de l’opercule. Les mésanges étant des oiseaux sociaux, les chercheurs n’ont pas été surpris de voir que l’information avait pu si bien circuler. A l’inverse, d’autres volatiles tels que les rouges-gorges, des animaux plus solitaires, qui ont eux aussi trouvé le moyen d’ouvrir les bouteilles, n’ont pas pu transmettre leur savoir. L’homme ferme souvent les yeux sur ce qu’il ne souhaite pas voir, mais nous avons de nombreux exemple, et depuis longtemps de cette capacité de transmission du savoir par les animaux. En 1953 au Japon, un groupe de macaques s’est mis à laver sa nourriture dans un ruisseau avant de la manger. L’initiative a été prise par une femelle du groupe qui, avant de manger sa patate douce, est allée la rincer à la vue de ses camarades. Le comportement a alors été copié par l’ensemble des individus, et cet apprentissage social a même été transmis à la génération suivante. Plus tard, en 1978, des chercheurs ont constaté que des chimpanzés se serraient la main, un geste très humain, que seul le groupe semble partager. Ce trait culturel est en effet inexistant chez des chimpanzés habitant à 50 km du premier. Il est connu qu’il existe des milliers de dialectes qui varient selon chaque groupe de baleine. Sur la côte est de l’Australie, le chant des baleines à bosse a changé depuis la migration de certains membres du groupe. Il semble que ces derniers aient emprunté le chant des baleines de la côte ouest. Au Japon, les femelles cailles sont attirées par les mâles suite à la transmission d’un savoir culturel venant d’autres femelles, ainsi des vachers à tête brune, élevés par une autre communauté que la leur prennent les mêmes habitudes que leur famille adoptive en termes de séduction et de choix du partenaire. Ces espèces semblent s’être accoutumées à leur nouveau foyer, en assimilant des traits propres à leur nouveau groupe. Washoe est le premier chimpanzé à qui on a enseigné la langue des signes. Lorsque Washoe communiquait en signant avec des débutants (humains ou chimpanzés), il ralentissait intentionnellement son discours.

droit non humain 3 (Magà Ettori - Blog)Les orques enseignent elles aussi à leurs petits. Ces animaux marins s’échouent volontairement sur les plages pour mieux attraper les phoques. Afin d’apprendre cette technique à leurs enfants, les mères peuvent pousser ces derniers vers la plage, les aider à se sortir de celle-ci s’ils n’y arrivent pas et reproduire ceci jusqu’à ce que leurs petits comprennent. Elles transmettent donc un savoir pour la survie de leurs enfants, au détriment de leur propre réussite. Il leur arrive même de relâcher certains phoques. Le puffin fuligineux est un oiseau migrateur qui parcourt 65 000 km au cours des six à sept mois que dure sa migration. A une vitesse pouvant aller jusqu’à 900 km par jour, les puffins pour disposer de réserves énergétiques suffisantes plongent en pleine mer, parfois à plus de 50 mètres de profondeur, pour se nourrir de Krill et accumuler des réserves et pouvoir par la suite voler pendant plusieurs semaines. Savoir qui se transmet de génération en génération. Dans les années 1980, des éléphanteaux ont été séparés de leurs parents et transférés dans un autre parc. Dix ans plus tard, ces mêmes éléphants mâles, devenus adolescents, ont commencé à présenter un comportement violent. Regroupés en meute, ces derniers tuaient des rhinocéros et d’autres animaux. Pourtant les éléphants sont des animaux pacifiques. En s’attardant un peu plus sur leur cas, les scientifiques ont compris que les jeunes étaient dans un état périodique caractérisé par une augmentation de l’agressivité et de sécrétion hormonale. En temps normal le groupe est censé tempérer ce comportement : les vieux éléphants aidant les plus jeunes à se contrôler. Les employés du parc ont alors voulu tenter une petite expérience : ils ont fait venir de vieux éléphants dans le groupe pour voir la réaction des plus jeunes. Progressivement, les éléphants adolescents ont cessé de se montrer violents. Et il des milliers et des milliers d’exemple, que l’homme ne comprend pas toujours. Les perroquets gris adorent parler, et avec de l’entraînement, ils prononcent plus de trois cents phrases cohérentes, en réponse à des questions. Sa faculté de compréhension est tellement extraordinaire que les scientifiques cherchent désormais à faire parler l’animal à propos de ses sentiments propres. Les pieuvres ont un don pour résoudre les casse-têtes : placées devant une boîte fermée comprenant de la nourriture, elles étudient et trouvent le système d’ouverture de la boîte, même quand ce dernier change, preuve de leur capacité d’apprentissage. Mais tout ça nous le savons, ou en tous cas nous le comprenons. La difficulté réside dans le fait que le prédateur alpha humains reconnaissent les droits et la culture des non-humains et la respecte…  le reste c’est de la littérature.

l’Arche, le refuge du coeur

Ariakina, Patricia, Marc, Mylène, Magà, Aude, Christian, Sarah au centre de soin du Refuge de l'Arche (crédit photo Laurent Christophe)
L’équipe de tournage au centre de soin du Refuge de l’Arche (crédit photo Laurent Christophe)

Ma profonde conviction est que l’on ne peux aimer l’Humain sans véritable dévotion pour le monde animal,… et le contraire est aussi vérifiable. Les moteurs de l’amour  – aussi bien pour nos  »congénères » que pour les Animaux – sont l’empathie et la compassion (à prendre au sens non-religieux du terme). Nous avons eu le privilège de rencontrer la famille Huchedé (Yann, Aude, Christian) au  »Refuge de l’Arche » en Mayenne. Un lieu hors du commun. Une histoire de famille, une histoire d’amour et de passion.

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Le Refuge de l’Arche a été créé le 5 mars 1974 par Christian Huchedé. Le patriarche au grand coeur était membre de la section locale de la fédération nationale des « Club Chouette » quand arrive Tsavo en 1974, l’ours à collier. A ce moment-là, Christian Huchedé avait déjà réalisé un parcours important, car tout a commencé en 1968, lorsque un groupe de jeunes a apporté un cormoran blessé par des chasseurs (une espèce protégée) à Christian favorablement connu pour son amour des animaux. De nichoirs en cages, le site s’est agrandi pour occuper 15 hectares au bout de 40 ans. Ici, on respecte les animaux : point de dressage, de spectacles ou de numéros de cirque, mais une très grande variété d’espèces animales qui vit en toute quiétude après avoir été abimé (généralement par l’Homme).

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Le Refuge de l’Arche accueille les animaux de la faune locale trouvés blessés ou malades, et qui après avoir été soignés, sont relâchés dans leur milieu naturel (et parfois en Afrique comme ce fut le cas du lion Brutus). Seuls les animaux trop dépendants ou imprégnés par l’homme sont gardés. L’Arche accueille également les animaux domestiques ou exotiques devenus trop encombrants pour leurs propriétaires. Un enjeu important précise Aude Huchédé qui nous accompagne sur le tournage :  »avec les nouveaux Animaux de compagnie on a tendance à voir tout et n’importe quoi, certains sont saisis par les autorités (police, douane, Office National de la Chasse, Services vétérinaires, gendarmerie) et on y retrouve des lions, tigres, loups, ours, singes, reptiles, oiseaux exotiques ». Soignés et sauvés par les membres du le CEPAN (Club d’Etude et de Protection des Animaux et de la Nature) dont Mylène Demongeot est la présidente du Comité d’Honneur, les animaux sont installés sur de grands espaces (parcs, volières, abris couverts) et respectés.

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Mylène de Mongeot, le monument du cinéma français, à oublié jusqu’à notre présence, elle semble en communion avec sa filleul (Martha).  J’observe Mylène et Ariakina (qui interprète le rôle de l’elfe Yavana) en train de nourrir Martha au pain d’épices (25% de miel minimum), et je me rends compte qu’ici les animaux ont tous un nom, et ça ce n’est pas rien : le Refuge de l’Arche accueille près de 1400 animaux, représentant 150 espèces différentes et tous sans exception ont une histoire à raconter. Martha, par exemple, qui se délecte de pain d’épices et se presse à l’appel de sa marraine Mylène (le parrain étant Pierre Richard), est une ourse magnifique née en 1986 au zoo de Vincennes. Un an plus tard elle est transférée avec son frère Barth’ au zoo du bois de Saint Pierre près de Poitiers. En juin 2012, elle déménage au Refuge de l’Arche grâce à l’aide de la Fondation Brigitte Bardot. Avec ses grands espaces sans grillages, son futur parc lui permettra de trouver des conditions de vie plus confortables. A terme, il s’agira de la laisser en compagnie du couple d’ours déjà présent au Refuge en présence de Mylène Demongeot qui accompagne Christian Huchedé lors du transfert de l’ourse entre Poitiers et Château-Gontier. Après une nuit de repos, Martha découvre le lendemain de son arrivée son parc herbé et ses nouvelles congénères, deux louves d’Europe. Il ne lui reste plus qu’à couler des jours heureux en attendant son pain d’épices.

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Aude me parle longuement d’un autre de  »nos acteurs » : Baringo. Il était 21h ce jeudi 19 août 2004, lorsqu’un habitant de Commer, rentrant chez lui, remarque une petite bête, sur le bas côté de la chaussée. « Je croyais que c’était un chien, ou un renard. J’ai fait demi-tour et là, j’ai vu qu’il s’agissait en fait d’un lionceau ! » témoigne-t-il : « Je l’ai emmené à la maison, où je l’ai installé dans une petite boîte avec un peu de paille et du lait ». Puis il contacte les gendarmes de Mayenne « qui ont tout d’abord cru à un canular », avant de faire appel au maire de la commune puis de joindre un vétérinaire, le lendemain matin. La mairie délègue un employé municipal qui prend contact avec le Refuge de l’Arche. Pris en charge par le Refuge, il retrouve vite la tranquillité et le calme, directement au domicile de Christian Huchedé.

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Là, il fait connaissance de Didine et sa fille Caramelle, les deux chiennes de la maison. Elles le découvrent d’abord avec une certaine curiosité pour très vite l’accepter dans leur panier, espace privilégié qu’ils partageront pendant plusieurs semaines. L’animal âgé de 3 semaines, serait tombé d’un camion du Cirque de Paris, en déplacement à Mayenne le week-end précédent. Celui-ci est judiciairement poursuivi pour animal en divagation. D’après Christian, le lionceau était affaibli et se nourrissait avec beaucoup de difficulté. Il vécu jusqu’à son sevrage chez Danielle et Christian, toujours entouré des deux chiennes qui lui apportent l’affection dont il a besoin. Puis un parc est aménagé dans le jardin de la famille, le temps d’une croissance tranquille.

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Et des histoires de ce type, vous en découvrirez beaucoup au  »Refuge de l’Arche » tant les animaux ont à dire … mais les soigneurs, les vétérinaires et la famille Huchedé également. Le Refuge de l’Arche a reçu en 1993   »le Prix du CNPA » (Conseil national de la protection animale),  et le « bravo de l’accueil » par le ministère du Tourisme, mais dans ce dernier cas je pense que nous sommes en dessous de la vérité ; le Ministère aurait pu décerner au Refuge de l’Arche « l’excellence de l’accueil, et du coeur ».

Refuge de l’Arche – Route de Ménil Saint-Fort – 53200 Château-Gontier – Tél : 02 43 07 24 38 Fax : 02 43 70 18 32 – info@refuge-arche.org – http://www.refuge-arche.org/