Un ange passe à la téléréalité

Ariakina Ettori - Christie Nicora - tournage ''I Tercani''
Ariakina Ettori (La Lauréate) – Christie Nicora (Les Anges de la Téléréalité) – tournage  »I Tercani »

J’avoue sans aucun tabou m’être mis à la téléréalité. Il m’a fallu un temps d’accoutumance, un travail important pour comprendre les codes et les enjeux des émissions, mais c’est avec délice que j’ai pu accéder à ce nouveau monde. J’ai d’abord débuté mon initiation en suivant le passage d’un ange à la téléréalité, notre amie Chrisitie Nicora, que j’ai eu le plaisir de faire tourner dans  »I Tercani », il y a trois ans. Christie, jeune et talentueuse mannequin surdiplômée ne sera restée que quelques jours dans la villa australienne des  »Anges de la téléréalité », à mon grand regret. Juste le temps de parfaire ma culture. En effet, en lisant un tweet assassin de Vanessa à l’attention de Christie, j’apprenais que nous étions 6 millions sur terre…. à moins que Vanessa ne parle des candidats de jeux de téléréalité, ou… bah j’ai encore du travail. A ma décharge, je suivais en même temps les cours d’astronomie « des Marseillais à Rio », quand Kim expliquait à Micha qu’il y avait deux lunes : une au dessus de la France et l’autre au-dessus du Brésil. Ok, ça c’est fait. Il était temps pour moi de quitter la téléréalité hexagonale pour découvrir la puissance des Pays-bas, du Japon, de l’Allemagne, de l’Angleterre, du Pakistan et des USA dans ce domaine. Que du bonheur. Un chien d’un mètre cinquante au garrot, sodomite à ses heures perdues qui astique un candidat de téléréalité enduit de chantilly, une bibliothèque où les candidats doivent tenir le silence malgré les tortures, un candidat en phase terminale d’un cancer qui donne ses organes à un des trois autres candidats, un animateur qui offre un bébé orphelin à un couple sans enfant, un candidat que l’on jette dans l’eau bouillante, une animatrice nue qui consomme en direct des stupéfiants sous l’oeil complice de deux candidats occupés à tester des préservatifs bien entendu dans le plus simple appareil, des candidats qui se bistourisent allègrement pour ressembler à des poupées (Ken et Barbie) quand ce n’est pas à leur vedette favorite, des mangeurs de craies et de matelas, … Que du plaisir. De cette incroyable découverte que fut pour moi la téléréalité, il était vraiment temps que j’en fasse un film :  »La Lauréate ». Puisque la téléréalité puisait ses codes dans le monde du cinéma, il me semblait intéressant que le cinéma emprunte à son tour à la téléréalité, mais chut,… un ange passe.

Page facebook – LA LAUREATE : https://www.facebook.com/pages/La-Laureate/246899052161120

La devise de Pandore

Pandore, par Jules Joseph Lefebvre, 1882, collection privée

La devise de Pandore

La mafia rédige ses textes de loi, dans les marges et l’ambigüité,

l’argent, le pouvoir, le sexe, antiques mamelles de l’humanité.

Pour le vol de la flamme, Zeus priva l’homme du Paradis.

Dans la boite, le vice, la vieillesse, la guerre, la maladie,

la famine, la misère, l’aliénation, la tromperie, les passions

alimentent les caisses noires, vols à la tire, rapt d’empires,

profanation des droits de l’homme, révolution sans repentir.

Maux que Pandore ne peut retenir qui s’envolent en citations :

 » La mafia », deux siècles de haine, de violences,

de devises, juste au milieu d’une allégeance sur les silences

de lignes de vies brisées, de parenté, de viols et d’anathèmes.

La mafia dévoie, des votes, couche ses lois dans la lie de l’humanité,

l’argent, le pouvoir, le sexe, pour liberté, égalité, fraternité.

Demeure l’espoir, rangé, entre  »un jour peut-être » et  »carpe diem ».

Magà Ettori, Bastia (20/12/2012)

Night of the wolf

NIGHT OF THE WOLF - ARIAKINA ETTORI - NOX ARCANA - sacrificeNox Arcana est un groupe musical américain, mondialement connu leader de la musique dite mystique. Créé en 2003 par Joseph Vargo et William Piotrowski. Leur musique a des tonalités sombres et présente des ressemblances stylistiques avec certains sous-genres musicaux du New-Age et du rock gothique. Leur album Winter’s Knight, sorti en 2005, a été classé n°8 dans le classement du Top du Billboard magazine. Nox Arcana cite la fiction gothique comme ses principales sources d’inspiration pour la conception de ses albums. Ces références littéraires comprennent H. P. Lovecraft, Ray Bradbury et Edgar Allan Poe. Ils ont produit 14 albums. Certains de leurs albums font également référence à des thèmes médiévaux et à la mythologie ancienne.

Malgré son très jeune âge, Ariakina Ettori est une habituée du monde artistique et culturel. Quand elle a prit son clavier pour écrire aux cultissimes leaders du groupe Nox Arcana, elle ne doutait pas un instant que les artistes américains lui accorderait leur parrainage pour son deuxième projet de film. A la fin de l’été son projet écrit, Ariakina le soumet au groupe par email. La première réponse est de Christine Filipak compagne de Joseph Vargo et éditrice de Monolith Graphics. Elle donne immédiatement les autorisations pour utiliser la musique dans le cadre de ce projet.

Une semaine plus tard c’est Joseph Vargo qui écrit à Ariakina pour la remercier, pour l’intérêt qu’elle porte au groupe et apporter son soutien inconditionnel au tournage de  »Night of the Wolf ». Il se dit touché que sa musique soit appréciée de par le monde et plus particulièrement par les jeunes générations. Enfin il propose à la jeune artiste corse de la soutenir dans l’avenir.

Le réseau Ciné Rinovu des jeunes créateurs est rapidement mis à contribution pour le projet. Un vingtaine d’artistes acceptent de participer au tournage à l’instar de Benjamin Garcia Casinelli et sa troupe Historia & Fantasia, ou encore de Julien et Emilie Augustyn cracheur de feu et comédienne. La partie technique est confiée à sa sœur Ondalina Ettori qui assure la mise en scène et la chorégraphie revient à Ariakina.

Son idée est de mélanger moderne et classique. Une sorte de conte contemporain, une version revisitée d’un petit chaperon rouge. L’histoire ? Il était une fois une jeune et jolie petite fille qu’aimaient tous ceux qui la voyaient et plus encore sa grand-mère qui ne savait rien lui refuser. Un jour, elle lui offrit un chaperon de velours rouge qui lui seyait tant qu’elle ne voulut plus jamais porter autre chose. Si bien qu’on ne l’appela plus que Petit Chaperon rouge. Enfin ça c’est dans la version des frères Grimm, le panier, la chevillette, la grand-mère… dans notre monde aux frontières de l’héroïc fantasy, il s’agit d’une bande de chasseurs, de sorcières, de dragons et autres mages noirs qui chassent des loups et sacrifient de pauvres chaperons-loups dans des couvents enchantés. La moralité est la même :  »il ne fallait pas quitter ton chemin pour aller te promener dans la forêt, le loup est très rancunier ».

A voir sur le site dédié au projet : http://nightofthewolfariakina.wordpress.com/

ou encore sur la page facebook de Night of the wolf : http://www.facebook.com/NightOfTheWolfUnFilmAriakinaEttoriNoxArcana?ref=hl

NIGHT OF THE WOLF - ARIAKINA ETTORI - NOX ARCANA - werewolf

Entre préservation de notre patrimoine et développement de notre île

Maître Martin Tomasi, sans doute un des plus charismatique avocat de sa génération – lors des assises du littoral, le 9 mars 2012 – a fait part de son mécontentement au Préfet de Corse. Son intervention est tellement brillante, que je préfère simplement vous en donner lecture :

Monsieur le Préfet, mon intervention s’adressera plus particulièrement à vous.  Dire que la loi Littoral n’est pas appliquée en Corse n’est pas l’expression d’une opinion, mais le constat objectif d’une réalité incontestable. M. le sénateur Nicolas Alfonsi nous l’a confirmé, il n’est pourtant pas particulièrement suspect de sympathie avec les thèses qui sont les nôtres. M. Chaubon a également indiqué un peu plus tôt qu’on accumule en la matière un certain nombre d’années d’errance. Hier, le président du tribunal administratif, en dépit de la réserve que lui imposent ses fonctions, avait émis l’hypothèse que l’administration d’État, dans l’exercice de son contrôle de légalité, intégrait peut-être, outre la stricte application de la loi, un certain nombre de considérations exogènes qui la conduisaient à renoncer à déférer aux tribunaux des décisions ou documents d’urbanisme manifestement illégaux. Cette situation ne peut pas perdurer, M. le Préfet, elle est extraordinairement préoccupante ! Les chiffres des éléments statistiques vous ont été fournis hier : aujourd’hui, ce sont 5 500 permis de construire qui sont délivrés chaque année, c’est absolument effrayant, ce n’est absolument pas proportionné aux besoins en logements de la population locale ! J’ai, en ce contexte, peine à comprendre les observations d’un certain nombre de maires qui expliquent, des trémolos dans la voix et la larme à l’œil, que la loi Littoral stérilise et empêche tout. Au contraire ! Nous sommes aujourd’hui à la croisée des chemins, notre patrimoine naturel, qui fonde notre richesse collective, qui constitue le principal atout de développement économique de notre île, est en péril de disparition rapide. Nous, associations, avions nourri l’espoir que l’annulation en cascade des plans locaux d’urbanisme allait susciter un électrochoc auprès de l’administration et l’amener à prendre la mesure de la situation, à reconsidérer avec honnêteté les erreurs commises. Il ne s’agit évidemment pas de vous demander des actes de contrition publique mais, à tout le moins, de reconsidérer profondément la manière dont l’État applique ses politiques d’urbanisme et fait respecter les lois applicables. Or les propos que vous avez tenus ce matin ne sont, en ce domaine, pas de nature à nous rassurer : vous avez expliqué, vous avez tenté de ramener ce phénomène d’annulation en cascade de PLU à une forme de péripétie qui s’expliquerait par une divergence d’appréciations technique, laquelle serait circonscrite à des zones géographiques très limitées et pour lesquelles le doute serait permis. Vous avez en outre relativisé la portée des décisions du tribunal administratif qui, au travers des observations d’un certain nombre d’intervenants ce matin, semble concentrer l’ire générale et constitue désormais une cible aux côtés des associations : nous ne sommes donc plus les seuls. Je regrette d’ailleurs que M. Polverini n’ait pas tenu les mêmes propos déplaisants à l’égard du président du tribunal administratif hier après-midi lorsque celui-ci était présent dans la salle… [Rires] Comment pouvez-vous relativiser la portée d’annulation de ces PLU, M. le Préfet ? Vous savez bien que ce ne sont pas des aspects techniques, encore moins de forme qui sont en cause ! Les PLU annulés l’ont été parce qu’ils violaient de manière caractérisée, grossière, caricaturale les dispositions essentielles de la loi Littoral. Chacun des PLU concernés ouvrait à l’urbanisation plusieurs centaines d’hectares, jusqu’à 450/500 d’hectares vierges, et ce, dans des espaces remarquables, dans des espaces proches du rivage, en discontinuité totale avec les agglomérations, villages, hameaux. Comment peut-on dans ce contexte parler d’erreur d’interprétation technique ? Notre conviction est qu’il y avait jusqu’à présent une volonté de ne pas appliquer la loi Littoral, volonté qui n’a pas de justification démocratique car l’administration que vous représentez ici n’est pas habilitée à modifier, distordre des lois qui s’appliquent et qui ont été votées souverainement par l’Assemblée nationale. C’est pourquoi, je crois, qu’il importe aujourd’hui pour nous de vous interpeller à nouveau sur le rôle fondamental que l’État joue en tant que garant de l’application des lois. Il importe, dans un contexte extraordinairement troublé où notre littoral corse fait l’objet de convoitises de plus en plus exacerbées, où l’emprise des organisations criminelles est de plus en plus effrayante, dans un contexte où un certain nombre de maires – et ils nous l’avouent toujours entre deux portes, jamais dans des assemblées publiques – rédigent les PLU un revolver sur la tempe, que vous, État, assuriez, avec l’intransigeance qui s’impose, vos fonctions de façon à faire respecter la loi, non pas avec excès, non pas pour stériliser et empêcher, mais précisément pour assurer l’équilibre que, tous, nous cherchons entre préservation de notre patrimoine et développement de notre île. » [Applaudissements]

Nous sommes malades de ce virus issu du croisement mortifère de la cupidité et de la violence

Paul_Giacobbi_Assemblée_Nationale_mafiaLe doute n’est plus permis il y a une hiérarchie dans la barbarie : certains meurtres sont plus graves que d’autres, certaines vies moins importantes que d’autres. Paul Giacobbi, l »’ex » Président du Conseil Général de Haute Corse, actuel Président de l’Exécutif de la Collectivité Territoriale de Corse, et Député de Haute-Corse,  lors de la première séance de questions au gouvernement de Manuel Valls a évoqué l’assassinat le 23 mars dernier de Jean Leccia, directeur général des services au Conseil général de Haute-Corse à Bastia. Jean Leccia a été assassiné après avoir quitté une soirée électorale à San-Gavino-di-Fiumorbu où sa fille se présentait aux élections municipales. Alors au volant de sa voiture, il a succombé à une rafale d’arme automatique de gros calibre. Est ce un crime affreux ? Assurément ! Une ignoble barbarie ? Bien entendu ! Une terrible tragédie ? C’est évident !  Ceci dit, en quoi ce crime est il plus important qu’un autre ? Qu’est ce qui fait dire à Paul Giacobbi : « C’est le crime le plus grave survenu en Corse depuis l’assassinat du préfet Erignac » ? Et les autres c’est quoi ? Des chiens ? Des statistiques ? 86 meurtres en six ans et une seule élucidation, voilà un vrai chiffre digne d’intérêt. Depuis le 2 avril, les trois principaux collaborateurs de Paul Giacobbi bénéficient de protections policières. Nombre de nos amis morts sous les balles d’assassins anonymes n’ont pas eu cette chance. François-Dominique de Peretti, directeur de cabinet de Giacobbi, Thierry Gamba-Martini directeur général des services de la Collectivité de Corse et Dominique Viola, proche conseiller de Giacobbi vivent désormais sous protection policière. Pau Giacobbi, himself est sous protection depuis janvier 2013. Dans le cadre d’une affaire de marchés publics présumés truqués au sein du conseil général de Haute-Corse, François-Dominique de Peretti – entre autres – avait été placé en garde à vue, puis mis en examen. La grande question est :  »Pourquoi est ce que ces gens sont sous protection policière ? » Peut-être que l’on pourrait au moins nous dire qui menace Paul Giacobbi et ses proches ? Ce serait la moindre des choses. A défaut, il faudrait que l’on se contente des pleurnicheries du Député Giacobbi à l’Assemblée Nationale ou des phrases sibyllines qu’il écrit sur son blog  :  »Écrivant cela, et surtout menant une telle action, je peux moi-même être menacé. »… ok on a compris mais pourquoi ? Ah oui je vois :  »Nous sommes malades de ce virus issu du croisement mortifère de la cupidité et de la violence. » Bien entendu !

 

L’écran blanc du tragulinu

GEORGES KUNTZ - IRCA - CINEMA NEO CONTEMPORAINDepuis 1975, Georges Kuntz sillonnait les routes corses avec son cinéma itinérant : il était le tragulinu du cinéma. Samedi soir, Bastia avait revêtu son blanc manteau. Les flocons de neige virevoltaient sur l’antique citadelle. La ville paralysée par le froid semblait retenir son souffle. La nature prouvait – une fois encore – à l’homme combien il était fragile et vulnérable.,  »La Corse je l’ai choisie, je l’ai aimé, je l’ai mérité » disait Georges avant d’ajouter dans un sourire  »… Mais j’ai surtout aimé une corse. » Tout est dit.

Entre humour et amour, le grand Georges avait le mot juste., Le terme de tragulinu (colporteur) peut paraître réducteur voir dénigrant, or Georges le considérait comme un titre de noblesse ; lui qui avait commencé sa vie comme forain. Pas n’importe quel forain me direz-vous : un boxeur de foire. Dissimulé dans le public, il répondait à l’invitation de l’aboyeur et venait mettre une raclée en bonne et due forme au champion en titre. C’était à Strasbourg, il y a bien longtemps. Une époque rude ou il fallait pour survivre cumuler les emplois. C’est armé d’un balai que le colosse va entrer par la minuscule porte dans le monde du septième art. Des heures supplémentaires qui vont arrondir ses fins de mois et lui faire découvrir la passion d’une vie., En 1958, arrive le temps de l’armée, et de sa première rencontre avec le cinéma itinérant. D’abord en Allemagne, puis au Niger et au Soudan, Georges fait ses classes de projectionniste., Le 13 février 1960, la France réalise son premier essai de bombe atomique dans le sud du Sahara algérien, sur la base de Reggane. Georges fait partie de l’équipe de tournage qui filme l’élaboration de la bombe avec les gisements d’uranium et le site de Marcoule, la mise en place et l’organisation de la base de Reggane puis l’explosion.

Après l’armée, Georges fait un peu de figuration Les Vikings de Joseph Manckiewicz, ou Le bal des maudits d’Edouard Dmytryck. Il suit sa bastiaise dans son petit coin de paradis., Né le 3 décembre 1938 à Erstein (Bas Rhin), Georges découvre au cœur de la Méditerranée la seconde passion de sa vie : la Corse. Il se marie, sa famille s’agrandit mais très vite il faut faire bouillir la marmite. Georges prend donc le chemin des quais. Le jour il est docker sur le port, la nuit il place les spectateurs au cinéma l’Eden et tient la caisse du cinéma le Paris, deux salles de la promenade des quais., Mille neuf cent soixante cinq – mille neuf cent soixante quinze, le temps passe et s’accélère. Les cinémas des quais ferment et Georges hérite d’un morceau de l’écran du Paris, ce qui va lui permettre d’initier son activité de dragulinu., En 1980, son activité s’officialise. Le départ à la retraite d’un autre cinéma itinérant lui permet de récupérer la tournée et d’être officiellement reconnu par le Centre National de la Cinématographie (CNC)., L’équipement de fortune de Georges (16 mm) ne lui permet pas d’être compétitif. Le cinéma international a déjà adopté le 35mm et seul un film sur vingt est encore tiré en 16 mm ; souvent avec deux ans de retard sur la sortie nationale.

L’ancien boxeur n’est pas à un combat prêt. Il emprunte et économise. Ne touchant que sa première et unique aide qu’en 1988 soit 30 000 francs. Pourtant la demande est si forte dans le rural, que ce soit pour les villageois, ou plus encore pour les scolaires mais aussi dans les festivals, les prisons, les hôpitaux, que Georges lutte coude à coude pour arriver à ses fins.

Il transporte de village en village ses cinq cent kg de matériel jusque dans les années 2000. Son association Corsica Cinéma Loisirs devient Sinema in Paese, une bannière sous laquelle il fédérera un nombre impressionnant de cinéphiles dans toute l’île. A l’heure du Blue-Ray et de la TNT, le rendez-vous de Sinema in Paese était attendu dans les villages comme une fête, où la convivialité se mêlait à la découverte. Après une absence due à une longue maladie, Georges revient avec de nouveaux projets de cinéma itinérant., Il a profité de son repos forcé pour devenir un théoricien et rédiger une série de documents pour le développement du cinéma itinérant en Corse.

En 2008, Georges rencontre le cinéaste Magà Ettori, leader du Cinéma Corse Néo Contemporain et se passionne pour la cause. Il devient membre du Conseil d’Administration de l’Institut Régional du Cinéma et de l’Audiovisuel (IRCA) et planifie ses projets au sein du programme CINE CORSICA., Le cinéma est fait d’ombre et de lumière, de technique et d’art. A soixante quatorze ans, pour la première fois Georges va manquer sa tournée. L’écran du tragulinu du septième art restera blanc cet hiver… un grand monsieur nous a quittés.

Violences en Corse

MAGA ETTORI - SAMPIERO SANGUINETTI - VIOLENCE EN CORSEDans le cadre de mes recherches pour LE DERNIER CLAN, deux ouvrages m’ont particulièrement intéressé : celui de mon ami Sampiero Sanguinetti (1) et celui de Jacques Follorou (2). Si les deux livres traitent de la violence en Corse, il me semble que la comparaison se limite à peu près ceci tant l’approche, l’écriture, et les conclusions divergent.

Toutes les rencontres avec Sampiero Sanguinetti sont des instants de bonheur. Il me semble chaque fois d’être plus intelligent et plus cultivé qu’un moment plus tôt. Nous nous sommes donc rendus en famille (pour que tout le monde soit un peu plus intelligent et cultivé) à la conférence-débat de Sisco animée par Sampiero sur la base de son dernier essai :  »La violence en Corse – XIXe et XXe siècle ». Dans le contexte actuel, les espaces d’échanges et de démocratie sont précieux, et les évènements initiés par Rose-Marie Carrega (3 points & plus de rencontres culturelles – Villa Ramelli) sont déjà remarquables en ce sens. Bien entendu inviter Sampiero Sanguinetti c’est convoquer l’excellence, mais qui s’en plaindrait ?

La violence en Corse_couv.inddDans son essai mais également lors des débats Sampiero Sanguinetti a établit la démonstration que la violence est le résultat d’une histoire, d’un état social, d’une situation économique. Elle est aujourd’hui attisée par les données nouvelles d’un développement touristique aux conséquences mal maîtrisées qui draîne son lot de spéculations foncières et de consommation de masse. En journaliste aguerri, Sampiero Sanguinetti analyse la situation conduit à envisager les deux manières d’aborder la question de la violence insulaire. L’une consiste à égrener le chapelet des faits criminels pour tracer le portrait d’une île prisonnière d’un monstre à combattre et à détruire. L’autre consiste à chercher derrière les faits délictueux ou criminels en quoi souffre cette société pour générer de tels faits. Car s’il existe une responsabilité des individus, il existe aussi des engrenages. La violence et la criminalité ne sont pas le résultat de la nature d’un peuple, mais la conséquence des maux dont souffre le corps social. Affirmer qu’il n’existe aucune fatalité de la violence en Corse a son importance et cette intervention donne matière à réflexion dans le débat sensible et déterminant pour l’avenir de la Corse.

L’analyse de Sampiero Sanguinetti, d’une justesse quasi chirurgicale, démontre qu’au delà des passions et plus loin que le folklore, existent des enjeux stratégiques (militaire), financiers et moraux (la République une et indivisible) qui laisse très peu de place au romantisme. Pour çà, il nous reste le septième art (nous y reviendrons dans LE DERNIER CLAN).

FOLOROU - MAFIA CORSETravail d’enquête journalistique de qualité, l’ouvrage de Jacques Follorou est surtout impressionnant de par son côté  »affaires en cours » ; les noms, les lieux, les dates, les écoutes policières et autres comptes rendus de procès-verbaux tout y est.

Entre 2006 et 2009, le système criminel qui dominait le grand banditisme français depuis trente ans et qui étendait ses ramifications dans le monde entier s’est écroulé. Après une période de règlements de comptes, le milieu corse doit désormais composer avec des caïds des cités devenus de gros trafiquants de drogues. Cet ouvrage se penche sur les nouvelles formes de criminalité corse.

Mon expérience fournie du monde économique, social et culturel en Corse, fait que je partage COMPLÈTEMENT les thèses de Jacques Follorou concernant la criminalité dans l’île et autour de l’île. J’adhère moins à la solution que préconise le journaliste du Monde, à savoir la création d’un  »statut du repenti », celle des  »témoins sous X » et surtout la saisie des biens des personnes soupçonnées d’avoir des  »contacts » avec des gangsters. Dans une île, où le nombre d’habitants se résume à 310000 habitants (dont la moitié répartie entre Ajaccio et Bastia), cette mesure me semble source de violences et d’injustices supplémentaires.

(1) Sampiero Sanguinetti, journaliste et homme de télévision depuis plus de trois décennies, est l’un des pionniers de la télévision régionale en Corse et l’un des principaux promoteurs de « Via Stella », la télévision insulaire diffusée par satellite. Il fut aussi le rédacteur en chef pour la France de l’émission Mediterraneo, une coproduction méditerranéenne unique en son genre. Il est l’auteur de deux essais sur l’exercice du métier de journaliste à partir de ses propres expériences professionnelles, dont Les jours d’un témoin, 2002). – Présentation des Editions Albiana

(2) Jacques Follorou est un journaliste français, collaborateur du quotidien Le Monde. Ancien élève du Centre de Formation des Journalistes (promotion 1991), il est spécialiste du crime organisé et du milieu corse.  Source : Wikipedia