La citoyenneté méditerranéenne en question

:      Magà Ettori (cinéaste, Institut Régional du Cinéma et de l'Audiovisuel), Fathallah Sijilm'assi (secrétaire général de l’Union pour la Méditerranée, ambassadeur du Maroc en France, chargé du Processus de Barcelone et du dialogue Méditerranéen de l’OTAN, banque Commerciale du Maroc),
Magà Ettori (cinéaste), Fathallah Sijilm’assi (secrétaire général de l’Union pour la Méditerranée, ambassadeur du Maroc en France, chargé du Processus de Barcelone et du dialogue Méditerranéen de l’OTAN, banque Commerciale du Maroc)

Nous avons contribué – ce week-end – à développer le dialogue et la coopération entre les acteurs de la société civile et de renforcer leur impact dans le contexte de la relance du partenariat euro-méditerranéen et de l’Union pour la Méditerranée. Lancé autour du slogan  »Citoyens pour la Méditerranée », le Forum où j’étais invité est le premier rassemblement du genre depuis le soulèvement arabe. Il a rassemblé les principaux acteurs de la société civile de 42 pays, experts, universitaires, ONG, parlementaires ainsi que des représentants des autorités locales et des principales institutions internationales de l’ensemble des pays membres de l’Union pour la Méditerranée (UpM).

J’ai eu le plaisir d’intervenir dans diverses sessions du Forum comme  »L’éthique dans le travail journalistique à travers les cultures » modéré Caroline Fourest, une essayiste de premier plan, rédactrice en chef de la revue ProChoix en présence de Paul Gillespie (The Irish Times – Irlande), Aidan White (Réseau de journalisme éthique – Royaume-Uni), Rim Marrouch (journaliste – Syrie), Maria Moukrim (Akhbar Al Yaoum – Maroc), ou encore dans l’Agora  »Quelles opportunités pour les jeunes ? Quelles Sociétés pour demain ? » animée par Fathallah Sijilm’assi (secrétaire général de l’Union pour la Méditerranée, ambassadeur du Maroc en France, chargé du Processus de Barcelone et du dialogue Méditerranéen de l’OTAN, Banque Commerciale du Maroc) en présence de Philippe de Fontaine Vive (vice-président de la BEI), Mats Karlsson (président du Centre Méditerranéen pour l’Intégration), Alexia Kalaitzi (Sociétés Unies des Balkans – Grèce), Nermine Chatila (économiste – Liban), Jean-Louis Reiffers (Ecole de la deuxième chance). Fathallah Sijilm’assi qui précisait justement :  »Tout a été dit, écrit, sur les questions méditerranéennes mais peu a été fait. Aujourd’hui le changement c’est de pouvoir évoluer vers une culture de l’action. Enfin, en ce qui concerne l’Union pour la Méditerranée, nous avons choisi, avec des imperfections, une orientation claire pour être dans une logique du faire. Nous avons ajouté à nos projets les questions de la jeunesse, de la mobilité et de l’emploi. »

Magà Ettori (cinéaste, Institut Régional du Cinéma et de l'Audiovisuel), André Azoulay (président élu de la Fondation euro-méditerranéenne Anna Lindh, conseiller des souverains Hassan II et Mohammed VI, président délégué de la Fondation des trois cultures et des trois religions de Séville)
Magà Ettori (cinéaste), André Azoulay (président élu de la Fondation euro-méditerranéenne Anna Lindh, conseiller des souverains Hassan II et Mohammed VI, président délégué de la Fondation des trois cultures et des trois religions de Séville)

Je développe quant à moi  la stratégie préconisé lors du premier Forum de la Fondation Anna Lindh qui s’est tenu à Barcelone en mars 2010, à savoir la mise en avant du dialogue interculturel, la diversité, la démocratie et le développement. Un concept qui vise à renforcer la valorisation de la diversité, la promotion de la participation sociale dans la construction de la démocratie et des sociétés plurielles et l’encouragement du développement humain et des droits fondamentaux. Des valeurs que je partage avec mon ami Petru Mari (France Bleu Frequenza Mora) qui enregistrait deux émissions Kantara (*) à la Villa Méditerranée.Ce Forum nous a permis de renforcer des liens anciens avec Fathallah Sijilm’assi, ou avec André Azoulay (président élu de la Fondation euro-méditerranéenne Anna Lindh, conseiller des souverains Hassan II et Mohammed VI, président délégué de la Fondation des trois cultures et des trois religions de Séville). La ville de Marseille, en tant que capitale européenne de la culture 2013, a attribué lors de l’inauguration du Forum sa médaille de la paix au président de la Fondation euro-méditerranéenne Anna Lindh pour le dialogue entre les cultures, André Azoulay, «ambassadeur du citoyen de la Méditerranée».

(*) Lancé en 2000 par France Bleu Frequenza Mora et Rabat Chaîne Inter Kantara est un magazine hebdomadaire qui associe 6 radios : Radio le Caire, Alger Chaine 3, Chaine Inter, Radio Marocaine, REE (Espagne, RTVE), RTCI, Radio Tunisienne et FB Frequenza Mora, Radio France. Kantara animé par Petru Mari en Corse aborde tous les sujets de société, de culture, d’économie et plus généralement d’actualité.

J’ai vu un homme pleurer, mais pas seulement

DUME GALLET (Magà Ettori)

Nous avions l’habitude de nous réunir entre poètes, amis et compagnons de route, philosophes, guerriers polémistes, utopistes, et amoureux des belles lettres, fiers mais jamais arrogants, prêts à croiser le mot jusque dans ses derniers retranchements. Et cette tablée, quelle tablée. En guise d’amuse-bouche nous dégustions des pommes de terre de nos jardins et du vin de nos vignes, de quoi garnir cinq charrettes. Les moins robustes des épicuriens évoquaient un repas gargantuesque, les autres un frugal encas. Pour contenter ces derniers, il fallait apporter des pièces montées, toutes sortes de pâtisseries, choux à la crème et autres pains d’épices. Les mots les plus subtils, contrepèteries et plaisanteries paillardes s’intercalaient avec les coups de fourchette. Les hommes d’esprit ont la dent dure. Ils abricotent, ils cisèlent, ils clarifient, ils tamisent, ils torréfient et lèchefrites. Quand le bain-marie est prêt, ils suent plus que de mesure et pèlent à vif, passant leurs convictions au tamis et leurs amis à la question. Ce n’était pas des amis choisis par Montaigne et La Boétie. Enfin pas toujours.

Un peu plus tôt, Dumè Gallet avait pris la parole. Dumè, chantre du riacquistu, militant politique et culturel mais pas seulement, chanteur, musicien multi-instrumentiste, fondateur du groupe Rialzu puis de Canta u Populu Corsu mais pas seulement, auteur et écrivain mais pas seulement, professeur de violon à l’Université de Corse mais pas seulement. Son imaginaire fécond vagabondait entre Cursichella et la Kanaky, où vit encore aujourd’hui une partie de sa famille. De son séjour d’une décennie en Nouvelle Calédonie, il avait tiré un récit : « Lumière des îles, Itinéraire en terre kanak « . Ancien élu de l’Assemblée de Corse, humaniste, homme de courage et de valeur, Dumè avait été de tous les combats, allant jusqu’à refuser de siéger avec le Front National. Nous partagions les mêmes convictions.

Ce soir-là, Dumè avait donc demandé la parole, pourquoi lui aurions-nous refusé ? Pour la première fois il se racontait. Lui d’ordinaire si discret sur son parcours, jeta un regard furtif dans le rétroviseur de l’existence puis évoqua la perte d’un être cher, son épouse. Les médecins lui avait donné quelques mois et elle avait vécu plusieurs années. Pas de regrets, pas d’amertume dans la voix de Dumè, juste de l’amour et de la passion. Il avait savouré, avec elle, chaque seconde de ce sursis inespéré. Pour lui, la mort n’était qu’un passage mineur vers un éternel majeur. Et il citait volontiers Kipling :  »si tu peux voir détruit l’ouvrage de ta vie, et sans dire un seul mot te mettre à rebâtir,… » Une musique langoureuse encadrait ses confidences chuchotées. Mon regard fut soudain attiré par un homme, un homme qui pleurait. Ce n’était pas seulement le contraste entre sa carrure de all black et les larmes qui coulaient sur sa joue qui m’avaient étonné, mais quelque chose de plus profond. Son visage, son regard avait changé. Ce notable, cet homme d’un âge avancé ressemblait à un petit enfant. Quand il pris lui-même la parole à son tour ce fut pour évoquer la disparition de son propre père, fondant encore une fois en larme. Croyez moi, ce n’est pas le genre de démonstration dont nous avons l’habitude en ces lieux. Pourtant, la poésie de Dumè, sa pudeur, son goût pour la mise en scène, la simplicité de ses propos et sa franchise avait déstabilisé notre colosse, mais pas seulement lui. Toute la rangée, non pardon, pas seulement la rangée… les quarante personnes présentes étaient en pleurs. J’essuyais rapidement mes joues pour ne pas avoir l’air d’imiter les autres, en me demandant comme une telle chose avait pu se produire. Lors de cette soirée d’une intense émotion nous savions que Dumè allait tirer sa révérence, prochainement ; les médecins l’avaient prédit. Nous espérions que la faucheuse nous laisserait un sursis, mais Dumè allait bientôt devoir rejoindre son épouse, là-bas dans le paradis des poètes. Ce soir la table sera dressée, nous te garderons un couvert, et tu seras parmi nous, à ta place. Ce soir c’est certain quarante gaillards pleureront, une fois de plus, une fois encore tu sauras toucher leur âme, et sans dire un mot, juste avec un silence entre deux notes de musique. Nous ne t’oublierons pas mon ami, riposa in pace o frateddu.